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samedi 3 août 2013

Malevil

Maire de Malevil et viticulteur, Emmanuel Comte est en train de déguster son vin en compagnie de quelques hôtes lorsqu’une monstrueuse explosion ravage la région toute entière. La cave du château de Malevil préserve les œnologues amateurs mais la chaleur extérieure les contraint cependant à rester cloîtrés plusieurs jours. Lorsqu’ils pourront enfin ressortir, ce sera un monde nouveau, désolé et ruiné, qui s’offrira à eux. Le petit groupe ne perdra cependant pas espoir et entendra bien utiliser les compétences de chacun pour tenter de recréer une société nouvelle. Déjà délicate, la tache sera rendue plus complexe encore par l’apparition d’autres survivants se livrant au pillage. Né en 1908, l’écrivain Robert Merle a essentiellement consacré sa plume à l’écriture de romans à résonance politique et/ou sociale. L’homme se montre à ce titre particulièrement intéressé par les mécanismes d’un fonctionnement collectif, la réflexion de groupe et plus largement la vie en microsociété. Il rédigera ainsi «Derrière la vitre» qui sera la vision romancée du «siège» mené à l’Université de Nanterre en mars 1968. Toujours sur base de faits réels, Merle livre en 1986 «Le jour ne se lève pas pour nous», un récit traitant de la vie des sous-mariniers. Mais l’auteur use aussi avec talent de la fiction pour créer les circonstances et façonner les environnements qui lui permettront de se livrer à ses études comportementales de groupe. «Les hommes protégés» relate par exemple les méfaits de l’encéphalite 16 qui décimera les hommes et mènera à la création d’un pouvoir féminin et féministe extrêmement virulent. En 1962, «L’île» décrit pour sa part un groupe de mutins qui tente de re-créer une société sur une île perdue. Dix ans plus tard et sur un postulat finalement assez proche, Robert Merle nous offre «Malevil», un pavé de plus de 600 pages dans lequel l’écrivain brosse le portrait d’individus survivant à une apocalypse nucléaire…


         
Fruit d’une collaboration Franco-Allemande, l’adaptation cinématographique «Malevil» rejoint les salles françaises le 13 mai 1981. Le résultat ne sera pas du goût de tous, à commencer par Robert Merle qui renie le film et refuse de trouver son nom au générique. Il faut dire que pour sa mise en image, le scénariste Pierre Dumayet et le réalisateur Christian de Chalonge ont grandement élagué et simplifié le roman. «Malevil» perd ainsi le village de Courcejac et la famille de l’Etang. Avec eux, ce sont deux microsociétés qui disparaissent et donc deux manières d’appréhender l’Homme livré à lui-même. Sur grand écran, MALEVIL se montre en outre moins subversif et n’aborde que peu les problèmes touchant à la perpétuation de la race ou la remise en question de certains «fondements» de notre société comme par exemple la monogamie. La religion ne sera que peu évoquée au sein du métrage et l’aspect très politisé du livre sera repoussé au second plan. La galerie de personnage sera bien évidemment revue à la baisse et le récit globalement simplifié. Enfin, l’épilogue du film se détachera totalement de celui du roman, sonnant définitivement le glas de ce MALEVIL qui sera jugé comme une bien décevante adaptation.



                             

Ne soyons cependant pas dupe et convenons qu’un format de deux heures ne pouvait retranscrire fidèlement un roman aussi ambitieux que «Malevil». Si MALEVIL déçoit donc logiquement en tant que transposition de l’œuvre de Robert Merle, il s’avère en revanche plus que recommandable en tant que film. En effet, Pierre Dumayet et Christian de Chalonge nous livrent ici une apocalypse remarquable à laquelle survivent quelques passionnants personnages et idéaux. Sur le plan visuel tout d’abord, MALEVIL est une franche réussite qui nous confronte à des paysages aussi désolés que tangibles, lesquels vaudront du reste un César à Max Douy. Nos campagnes sont ainsi vidées de toutes vies, enveloppées d’une épaisse brume noire et nos solides bâtisses centenaires ne sont plus que ruines. Rarement les conséquences d’une apocalypse auront été aussi palpables et proches de nous que dans MALEVIL. Les moyens mis en œuvre sont à ce titre d’une simplicité qui rime avec efficacité : Un dialogue anodin nous glisse que le lit d’une rivière s’est déplacé, un personnage renoue avec le passé via différents bibelots chargés de poussière, la végétation semble brûlée, la terre retournée…


Bien évidemment, ces travaux de mise en scène et la photographie de Jean Penzer ne seraient rien sans une poignée d’acteurs pour les mettre en valeur. Là encore, MALEVIL se montre à la hauteur en affichant un casting français des plus étonnants. Michel Serrault, Maire de Malevil, se voit ainsi secondé par Jacques Dutronc en électricien et Jacques Villeret en idiot du village. En face de cette petite communauté se dresse Jean-Louis Trintignant, tout simplement bluffant dans le rôle du dictateur Fulbert. Ensembles, ces acteurs donnent corps au métrage de Christian de Chalonge et à ses ambitions profondément humaines, voire sociologiques. Car bien qu’estompé, l’héritage de Robert Merle se fait indiscutablement sentir dans MALEVIL. Les idéologies sont indissociables des personnages et l’organisation en microsociétés antagoniques offre au film toute sa richesse thématique. Jamais pesant ou moralisateur, aucunement «auteurisant» ou caricatural, le métrage de Christian de Chalonge se contente en réalité d’exposer trois types de communautés et de les faire vivre. La gestion des ressources sera bien évidemment l’un des facteurs essentiels au développement de tous mais bien vite, des considérations plus «humaines» entreront en ligne de compte. Les notions très relatives de «bien» et de «mal» referont alors surface au coeur d’un monde privé de lois. La raison sera donc celle du plus juste, du mieux organisé ou tout simplement du plus fort.

Bonus :
                                     



Mais nous l’avons dit, MALEVIL n’a rien d’un film pollué par la bonne morale ou de «saines valeurs». Ainsi, le clan des «héros» n’est pas constitué de Saints et le pillage, par exemple, sera immanquablement puni de mort. Le recours à la violence sera du reste assez récurrent et nous rappellera que nous sommes là dans l’évocation d’un univers violent et barbare, fruit d’une remise à zéro causée par la folie des Hommes. Assez nihiliste dans son propos, MALEVIL s’offre par ailleurs un final des plus pessimistes, jetant un regard assez désabusé, voire désespéré, quant à la société dans laquelle nous vivons. Là encore, le refus du spectaculaire laisse place à la justesse des images et à la simple appréciation du spectateur. Via ces quelques plans, Christian de Chalonge clôt son film de la meilleure manière qui soit, se payant le luxe d’un (quasi) sans faute et nous offrant par là même l’un des plus beaux film de science-fiction qu’ait connu le paysage cinématographique hexagonal…
Source : http://www.devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=1964&NamePage=malevil

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