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dimanche 30 juin 2013

Sambre

Sambre est une série de bande dessinée de drame historique créée par Yslaire et Balac, en 1986.
Très sombre et mélancolique, Sambre nous raconte l'histoire d'une famille bourgeoise rurale du XIXe siècle et plus particulièrement celle de Bernard Sambre, épris de Julie, une jeune vagabonde aux yeux rouges que sa famille exècre au point de les porter au rang de superstition. Les destins, les esprits et les corps s'expriment, se croisent et se blessent. Nul ne peut échapper à son destin ...
La France en 1847, quelque part en province un notable est enterré par une journée venteuse et humide. Hugo Sambre se serait crevé les yeux à la suite d'un (trop) long séjour à Paris, une lente agonie l'accompagnant le long de son retour à la demeure familiale.
Prélude sinistre à une ambiance non moins sinistre. Car le reste de la famille Sambre croule sous le poids de ses crimes, présents ou passés: la veuve Sambre ne semble guère regretter son défunt mari, allant jusqu'à ouvrir sa couche à son neveu l'inspecteur Guizot (tiens tiens) une poignée d'heures après l'enterrement. Sa fille Sarah brûle de rancoeur contre une mère quasi adultérine et rêve de poursuivre l'oeuvre magistrale de son père, la rédaction du livre qui le berça vers une sombre folie -la Guerre des Yeux- récit d'une lutte acharnée contre une famille, une race dont les yeux sont rouges sang.

Enfin, Bernard, cadet de la famille Sambre, écoeuré par le cérémonial macabre, coupe court à la mise en terre de son géniteur pour faire un étrange rencontre sous un pont. Julie, fille de rien et braconnière aux pupilles rouges lui donne rendez-vous à la nuit tombée au cimetière communale.
Les premières planches de Sambre posent très rapidement l'ambiance à la fois malsaine et romantique qui va s'étoffer et gagner en puissance au fil des pages. Dans une famille ou tout est cynisme et faux-fuyant, un garçon pas tout à fait adulte, Bernard, s'éprend d'une étrangère aux yeux rouges, alors que son père avait travaillé toute sa vie à démontrer le danger d'une telle alliance. La Guerre des Yeux, poème prophétique, décrit la malédiction qui pèse sur le pauvre fou qui se laissera charmer par un regard de sang, regard épris d'un unique sentiment, la vengeance. Or Hugo Sambre serait mort après s'être crevé les yeux, noyé par la folie, aurait-il pu succomber à la prophétie qu'il avait lui-même écrit ?


             


Bernard Yslaire (ou Hislaire) est né à Bruxelles en 1957. Collé au dessin sur Sambre et au scénario avec Balac, la présence de ce dernier se fera très rapidement discrète pour laisser Yslaire seul aux manettes sur les derniers tomes. Sambre reste aujourd'hui l'oeuvre principale d'Yslaire dans la bande dessinée. Et il y a fort à croire qu'il y a mis beaucoup de lui-même. Si dans la plupart des séries, le premier volume est graphiquement faible (on citera au passage Thorgal, Ballade au bout du monde, les Chroniques de la Lune Noire), ce n'est pas le cas pour le tome 1 de Sambre, Plus ne m'est rien. Si le trait d'Yslaire reste assez classique, le travail des couleurs est somptueux et la mise en scène, quant à elle, montre une véritable inspiration.
Aperçu : http://www.bdgest.com/preview-894-BD-sambre-la-mer-vue-du-purgatoire.html

Le scénario est intéressant et révèle son intensité au fil des volumes. Le personnage de Bernard (personnage central de Sambre avec son amour, Julie) peut sembler antipathique, mais Yslaire arrive très vite à nous rendre ses défauts attachants. Cependant derrière les personnages, l'Histoire avance et sous le pinceau d'Yslaire, la France du 19ème est criante de vérité. Ses préjugés, sa misère, sa bourgeoisie font de Sambre un fort sympathique croisement entre Le Rouge et le Noir et Les Misérables.
De la province à Paris, du cimetière aux barricades (la Monarchie de Juillet touche à sa fin), deux amants que tout sépare, vont marcher contre leur gré sur la prophétie qu'un fou a voulu tisser pour eux. Une bande dessinée au souffle romantique.



          
                    


La suite tant attendue de la BD culte de Yslaire ! Skyvore island, mai 1857. Au cœur de la tempête, La Désirée fend les flots au large de l'Irlande. À son bord, des bagnardes enchaînées qui en échange d'une remise de peine ont accepté de s'exiler à Cayenne. Parmi elles, le matricule 3492, alias Julie Saintange, s'abandonne à la mélancolie. Les souvenirs de Bernard Sambre se disputent à ceux de Bernard-Marie, leur enfant commun. Le premier est mort, le second lui a été volé… Quand soudain, éventré par un récif, le bateau sombre dans une mer démontée. Malgré ses chaînes, Julie survit à la noyade. Elle échoue au pied d'un phare perdu en pleine mer. Adam Scott Shagreen, le gardien des lieux, lui offre l'hospitalité dans ce qu'il appelle son purgatoire et l'accueille avec ces mots : «Vous êtes une miraculée…» Mais, comme en écho, dans la pénombre, Julie entend la voix du fantôme de Bernard qui lui demande… « Pourquoi as-tu survécu, Julie ? Tu ne m'aimes plus ? »

Bonus : http://www-zope.ac-strasbourg.fr/sections/enseignements/secondaire/pedagogie/les_disciplines/lettres/pedagogie_du_francai/bts/etude_d_une_bd___sam/downloadFile/file/Yslaire_Sambre__bande_dessinee.pdf?nocache=1260952640.57

Getz/Gilberto

Getz/Gilberto est un album de bossa nova sorti en 1964 par le saxophoniste américain Stan Getz et le guitariste et chanteur brésilien João Gilberto, avec la participation du pianiste et compositeur Antônio Carlos Jobim. Il a connu un grand succès international et particulièrement aux États-Unis. Les morceaux The Girl from Ipanema et Corcovado chantés par Astrud Gilberto sont devenus des standard du jazz.
L'album a remporté le Grammy Award du meilleur album en 1965 en tant que meilleur album de Jazz instrumental, et The Girl from Ipanema le prix du meilleur enregistrement de l'année.
Il a été enregistré en mars 1963 à New York par l'ingénieur du son Phil Ramone et produit par Creed Taylor sur le label Verve Records. Un second album Getz/Gilberto vol.2 paraît en 1966.


                                 
                                       
En mars 1963, sortait donc sur la firme Verve, « le disque » (!) qui allait faire le tour du monde,  le fameux « Getz-Gilberto ». Il faut dire que la rencontre ne pouvait qu’être passionnante. Antonio Carlos Jobim était au piano, apportant avec beaucoup de discrétion mais d’efficacité,  la coloration typique nécessaire  sur ses compositions (« Girl from Impanema », « So danço samba », « O grande amor », et « corcovado »). On découvrait à cette occasion la douce voix lègérement voilée de Joao Gilberto, s’accompagnant de façon sublime à la guitare. La participation charmante de Astrud Gilberto, immortelle vocaliste sur ‘the girl » en anglais,  a été diversement appréciée,  surtout par les puristes. Mais, personnellement, elle ne me gêne pas. Elle reste attachée au succès de l’album.

                 

Stan Getz a trouvé dans la bossa un terrain fertile pour exprimer une sorte de désinvolture sur ce rythme chaloupé, très relax aussi, venant de la batida bésilienne, que les batteurs de jazz ont toujours eu du mal à adopter,  si j’en crois Alain Tercinet, dans une très riche article sur ce sujet paru dans « jazzman » en juin 2008.


                               

Getz, en tous les cas, se promenait sur ces thèmes, toujours enjôleur, mêlant douceur dans l’expression et inventivité sans fin,  avec ce son que nous lui connaissons,…La bossa, comme la samba,  est une musique riche en harmonies et en accords de transition. La langue portugaise (brésilienne) va aussi bien à la bossa que l’anglais au jazz,  ou l’espagnol au flamenco.Les thèmes sont souvent splendides, pas faciles à interpréter si on est pas « dedans ». Stan Getz « the sound », se trouvait bien sur cette musique de fusion (eh oui! déjà!) ,  à une époque  (début des années 60) où John Coltrane, son principal « rival », conduisait l’art du tenor sax sur des mouvances  exigeantes et le plus souvent agitées. Le feeling de Getz fit merveille….sans forcer son talent, l’artiste au sommet de son art,  faisant chanter son saxophone autour des vocalistes dont il semblait rechercher la compagnie.. Le succès fut aussi considérable qu’inattendu. Getz:« je pensais seulement que c’était une jolie musique, pas que l’on ferait un malheur avec ».

V pour Vendetta

A voir comme ça, V pour Vendetta ne paye pas immédiatement de mine. Il y a même, dans le film, quelque chose d’un peu ringard, ou décalé, comme le choix de tourner un film d’anticipation à Londres ou de prendre comme personnage principal un vengeur masqué citant du Shakespeare. Rapidement, pourtant, de brefs effets d’interférence viennent cisailler la surface de l’écran quand, tout à coup, la présence des producteurs et scénaristes, les frères Wachowski, se fait ressentir ou lorsque des parallèles trop criants avec l’actualité sautent au visage.
Car, derrière la simple adaptation d’une bande dessinée culte des années 80, se glisse en fait un projet beaucoup plus fou – une sorte de remake conjoint de Matrix et du 11 Septembre. En termes cyclistes, on dirait bien de V pour Vendetta que c’est un faux plat. Mais un faux plat tout à fait exceptionnel qui cacherait, dans ses lacis, deux cols classés hors catégorie. Le spectateur est prévenu. Il lui faut soit s’entortiller dans les replis idéologiques d’une intrigue retorse ou chercher à toucher du doigt le point mystérieux de soudure qui fait tenir ensemble les deux barres du V.
Au cœur de la vallée, donc, on trouve l’adaptation du roman graphique d’Alan Moore et David Lloyd. Dans l’œuvre originale, publiée à partir du début des années 80 (voir encadré ci-contre), le régime totalitaire que V cherche à renverser se veut une caricature violente du régime de Margaret Thatcher et V l’incarnation de la révolte du peuple. Dans la version des frères W, c’est moins l’identification d’un régime en particulier qui fait question que les moyens possiblement utilisés pour le renverser. En effet, si le déguisement et les agissements de V, inspiré par Guy Fawkes – saboteur malheureux du parlement anglais en 1605, bizarrement fêté, avec feux d’artifice, chaque 5 novembre -, devaient plutôt être folkloriques dans les années 80, ils prennent, aujourd’hui, une tout autre tournure après les attentats de New York, Madrid et Londres.

                           
   
         
Du coup, la seule question que semble soulever V pour Vendetta est polémique : le film fait-il, oui ou non, la glorification du terrorisme ? Si sa cause semble juste (faire tomber une dictature), ses moyens (il pratique la torture) et ses motivations (une vengeance personnelle contre ceux qui l’ont mutilé) sont contestables. Ce qui fait, d’ailleurs, que le scénario lui adjoint une amoureuse, à la fois plus timorée et idéaliste, interprétée par la délicieuse Natalie Portman.
Il n’empêche que la grande scène finale du film, où la population tout entière revêt le costume de V pour se diriger vers le parlement, semble désigner sans équivoque possible l’option défendue par les producteurs. Il est indéniable que le héros est ici une figure ambigu’ de terroriste/libérateur. A moins qu’on ne doive y regarder à deux fois, sur cette histoire de multiplication des masques…
Le 11 Septembre a eu un impact précis sur le cinéma américain. Il a mis à mal sa croyance fondamentale dans sa capacité à tout incarner. En effet, jusqu’en 2001, Hollywood avait pu se sortir des scénarios les plus tordus car il ne lui avait jamais été demandé autre chose que de mettre en scène des affrontements entre bons et méchants.


Mais après l’effondrement des tours, le problème est devenu radicalement différent puisqu’il était à présent question de représenter le mal absolu. Aucun visage, tiré de la liste des usual suspects, ne pouvait dès lors convenir. Il fallait, pour la première fois, que s’inscrive directement à l’écran l’incapacité même de figurer cela comme une tache aveugle dans le tableau. On en trouve, sans doute, le plus bel exemple dans le Gangs of New York de Martin Scorsese, un des premiers films de l’après-catastrophe, dont le projet n’est autre qu’interroger les origines de la barbarie et dont la dernière séquence voit, en accéléré, le New York moderne s’ériger jusqu’à l’édification des tours. En effet, Bill le Boucher, interprété par Daniel Day-Lewis, n’est pas un salaud ordinaire à la gueule patibulaire. Il est précisément borgne et sur son œil de verre se dessine une surface noire en forme d’aigle. Comme un retour de l’œil tranché du Chien andalou de Buñuel, cette tache aveugle vient nous dire que quelque chose de la vision s’est obstrué. Désormais, on n’y voit rien, ou presque.



                                       


Ce trouble dans la figuration atteint, il y a un an, son point de bascule incandescent dans le finale du troisième épisode de la Guerre des étoiles quand George Lucas dressait des pans entiers de lave volcanique avant de faire retomber le masque de Dark Vador sur le visage atrocement brûlé d’Anakin Skywalker. Au même moment, dans Kingdom of Heaven, Ridley Scott filmait le Roi lépreux de Jérusalem, Baudouin IV, comme un Belphégor d’Asie, entièrement cagoulé de noir. Voilà d’où tombe le masque de V. Retour à la figure donc, mais figée dans un rictus éternel et désignant, sans la montrer, l’horreur cachée sous la résine.
Mais V pour Vendetta marque aussi, de façon limpide, l’impossibilité pour les frères Wachowski de trouver une suite à Matrix. Et l’on apprend sans surprise que leur première tentative d’adaptation de la bande dessinée d’Alan Moore date d’avant les débuts du tournage de la trilogie. Pour Andy et Larry, la marche en avant ne passe plus (du moins pour un temps) que par une tentative de retour en arrière sur ce qui avait précédé leur explosion.
De plus d’un point de vue, V pour Vendetta est un film qui se veut pré-Matrix sans effets spéciaux magistraux ni combats spectaculaires. V se bat d’ailleurs à la dague ou à l’explosif alors que ses adversaires déchargent leurs munitions. Ceux qui se souviennent de la grande scène de l’escalier, très "cape et d’épée", dans Matrix 2 savent l’attention que les deux frères portent au choix des armes. Ici, dans le seul véritable affrontement entre le gentil terroriste et les méchants tortionnaires, les (post-)producteurs se contentent d’ajouter une traînée lumineuse au parcours des poignards dans le noir. Cette poussière d’étoiles, écho de l’onde tracée par les balles dans Matrix, est-ce vraiment tout ce qui reste du grand saut en avant que proposait la trilogie ?

Si V pour Vendetta semble, par de nombreux aspects, être en pleine régression technique et scénaristique (retour à Orwell et 1984), il est aussi évident que le film porte en lui le souvenir de Matrix. De façon très différente et pourtant assez proche, V pour Vendetta est à Matrix ce que 2046 est à In the Mood for Love – la réécriture obsessionnelle d’un même n’ud narratif. Mais là où Wong Kar-wai décidait d’accompagner ce geste de son pendant stylistique en surlignant le maniérisme de sa première mise en scène, les frères Wachowski, à l’inverse, se désinvestissent de la conception visuelle, au point de confier la réalisation à un homme de paille (James McTeigue), et choisissent de laisser agir seuls les échos thématiques.
Qu’était Matrix ? Le premier chef-d’œuvre du cinéma numérique qui, grâce à l’incroyable développement des images de synthèse, pouvait ne plus se contenter seulement d’enregistrer le monde mais était en mesure de le recréer entièrement. Telle était la Matrice, univers virtuel venant redoubler sans peine l’univers réel.




Dans le premier épisode de la trilogie, on pouvait encore croire que le problème de ce nouveau cosmos tenait directement dans le dédoublement entre réalité et illusion, vérité et mensonge, pilule bleue ou rouge. Mais en cours de saga, on découvrait progressivement que la vraie difficulté qu’amenaient ces nouvelles puissances informatiques résidait moins dans une division simple que dans une multiplication infinie. En effet, le vrai danger, pour la Matrice, était moins l’existence extérieure d’un monde réel que la reproduction en interne d’un seul et même clone. Pour lutter contre la duplication virale de l’agent Smith, elle en venait même, au final, à faire appel à l’Elu, Neo, "The One", pour défendre les droits de l’individualité.
On retrouve d’ailleurs des formulations voisines de ce problème dans d’autres types de production numérique comme, par exemple, les animations 3D des studios Pixar. Chez Pixar, en effet, on n’a de cesse d’opposer la bêtise du multiple, reproduit à l’identique, à la beauté singulière de l’individu. Il peut s’agir, dans un court interlude, d’un ensemble de petits moineaux rejetant méchamment un gros dindon venu partager un même fil électrique ou, dans le grand Nemo, d’un chœur de mouettes répétant à l’envi un "Me, Me, Me" ("Moi, moi, moi") horripilant et stupide. Nemo, Neo, même combat : il s’agit, au temps des clones, d’affirmer la suprématie (narrative du moins) de la personne.

V pour Vendetta se trouve ainsi à l’intersection de deux problèmes majeurs du cinéma américain Ð l’un figuratif (trouble dans l’incarnation) et l’autre narratif (la reproduction du même). Et c’est précisément en croisant ces deux pentes savonneuses que le film arrive à trouver son point de chauffe. En effet, le salut vient ici de la reproduction du trouble ou, comme on l’a dit, de la multiplication des masques. V pour Vendetta, c’est très exactement la vengeance de l’agent Smith : car l’acteur qui se cache sous le masque de V n’est autre que Hugo Weaving, celui-là même qui incarnait l’infiniment reproductible dans Matrix. Son mot d’ordre : seuls les virus valent qu’on les clone.(Patrice Blouin)

vendredi 28 juin 2013

Du Rififi Au Ciné

Ne vous laissez pas abuser par le titre bien franchouillard et l'imitation cheap de couverture de série noire qui sert de pochette. Si les Gabin, Ventura, Blier et Belmondo qui y figurent en bonne place enchantèrent nos dimanches soirs de gamin, les bandes originales de leurs films sont parmi les meilleures composées pour le cinéma français. Emmenées essentiellement par la sainte trinité de la B.O. française qui tue, j'ai nommé Michel Magne, Georges Delerue et Michel Legrand, les thèmes de Touchez Pas Au GrisbiMélodie En Sous SolRazzia Sur La Chnouf ou autreClasse Tous Risques fournissent leur lot de jazz classieux ou de breaks qui tuent . Il ne manque en fait au palmarès de ce disque que François de Roubaix. Les collectionneurs ou amateurs éclairés bouderont cette compilation, assez pédagogique et loin d'être exhaustive, mais les autres auraient tort de faire la fine bouche, d'autant que l'on y trouve aussi, parmi les thèmes des grands classiques, quelques titres moins connus ou alors composés par seconds couteaux non moins talentueux (Jean Wiener, Marc Lanjean ou encore Jo Boyer et Eddie Barclay). Chose curieuse, à la même époque, un phénomène similaire avait lieu en Italie, où des films plus ou moins bons ont permis à des génies musicaux d'éclore (Morricone, Umiliani, Rota and co). »



Le Polar a produit quelques grands, très grands films ! Pour vous en convaincre, vous pouvez faire un tour sur le dossier Cinéma et Policier. Et il n'est pas de grands films sans une musique à la hauteur, souvent composées par les meilleurs pour ajouter à l'ambiance, à la violence, au climat particulier de tel ou tel film. Alors en vrac, quelques extraits de bandes originales pour vous mettre l'eau à la bouche et un petit tour d'horizon des meilleurs compositeurs du genre ..volume 2 :



Le lien entre jazz et film noir est évident : il s’agit de deux formes d’expression également nocturnes et « inquiètes ». Plus largement, le jazz a renouvelé la musique de film dans les années 1950-1960. C’était une manière de faire entrer une forme de modernité au cœur d’un art au moment où une nouvelle génération de cinéastes cherchait à le faire évoluer. Roman Polanski, John Cassavetes et bien sûr Jean-Luc Godard ont largement recouru à cette musique. La route du jazz ne pouvait que croiser celle de la Nouvelle Vague. Le jazz apparaissait alors comme une manière de faire du cinéma autrement, en étant plus proche de l’improvisation. Il invite à rythmer les images d’une manière tout à fait décalée par rapport à ce qu’appelle le langage tonal classique de la musique orchestrale. Certaines œuvres sont loin d’être estampillées « jazz » mais en sont très profondément imprégnées. Il suffit de se reporter, pour s’en convaincre, au travail de Jacques Demy et Michel Legrand sur Les Demoiselles de Rochefort,volume 3 :



Voici le quatrième d'une série haut de gamme faits saillants compilation du Play Time étiquette de la bandes de télévision française feuilletons policiers des années 1970 et 1980, et nous savons ce que vous vous demandez: «séries policières françaises Qu'est-ce qui se passe - la cession de la police pour les criminels? "(Ba-da-bump.) Blague à part, Du Rififi a la Tele Vol. 4: Bandes Originales de Polars retransmet est sérieusement great stuff - il ya un ennui morose à l'œuvre ici parfaitement emblématique des origines de la musique, si bien qu'il est impossible d'imaginer un quelconque de ces thèmes complétant un drame policier produit n'importe où en dehors de la France. Ces ouvertures durs sont ensuite épicés avec un soupçon d'attitude géniale clairement inspiré par la blaxploitation bandes sonores à partir d'un autre continent - le résultat final est atmosphère pure, de la fumée épaisse comme Gaulloises et enivrante comme dope. Les points culminants incluent "Un Juge Un Flic", de Georges Garaventz "Les Brigades du Tigre», de Claude Bolling "Le Retour D'Arsène Lupin" de Vladimir Cosma et d'Antoine Duhamel "Belphégor".



mardi 25 juin 2013

Espion lève-toi

Sébastien Grenier est un conseiller financier de tout premier ordre. Installé à Zurich, ce quinquagénaire paisible et sérieux vit dans le calme helvétique avec sa compagne d’origine Allemande, Hanna. Alors qu’il se rendait à son bureau, un nommé Zimmer est assassiné dans un tramway par les Brigades Populaires, groupuscule d’extrême gauche ressemblant fortement à la Rote Armee Fraktion, la Fraction Armée Rouge de Baader et sa bande. Sébastien, découvrant que son rendez-vous a été annulé dans le sang, s’interroge, mais n’en laisse rien savoir à sa compagne. Il feint même d’avoir appris la nouvelle. Le même jour, il reçoit un roman d’Alexandre Dumas, par le biais d’une société-club de vente par correspondance. Après avoir annoncé à Hanna qu’il ne l’ouvrirait pas pour pouvoir le renvoyer, il l’ouvre pourtant dès que la jeune femme quitte l’appartement. La page 138 est blanche. Quelques heures plus tard, Sébastien rencontre Jean-Paul Chance, qui se présente comme l’officier traitant de Sébastien, après lui avoir annoncé qu’il sait tout de lui : Sébastien est un agent du SDECE, le contre-espionnage français, en sommeil depuis huit ans. Il lui annonce qu’il reprend du service actif et doit découvrir l’identité de ceux qui se cachent derrière les Brigades Populaires. Sébastien Grenier laisse bientôt Chance pour prendre contact avec sa hiérarchie, peu convaincu d’avoir affaire à son véritable officier traitant. Son supérieur hiérarchique et ami, Henri Marchand, vient le trouver le lendemain. L’homme est méfiant, et pense également à une tentative de manipulation. Les deux amis se quittent. Le lendemain, Marchand est retrouvé mort.



   


Sec et froid, le film d’Yves Boisset mène en un peu plus d’une heure trente une histoire sombre de nos services secrets à un rythme soutenu, d’entrevues où l’on parle couramment la double langue en assassinats maquillés. Fruit d’une époque où la Guerre Froide était entrée dans les mœurs, où l’homme de la rue ne s’effrayait presque plus de savoir « si », mais plutôt « quand » la Bombe allait lui tomber dessus, Espion Lève-toi amorce la dernière vague d’une certaine époque du cinéma policier français. La génération Ventura, qui naquit avec Touchez Pas au Grisbi !, allait laisser place à un sommeil de quelques années, soit au tournant des années 90. Mais dix ans auparavant, lorsqu’Yves Boisset tourne ce film, tous les éléments débattus dans l’intrigue sont encore fort concrets : l’allusion à la bande à Baader, par exemple, est d’une actualité encore brûlante.


De même, la vision proposée par Boisset du monde de l’espionnage est parfaitement conforme à l’idée que le dévoilement de certaines affaires ont pu offrir de ces vénérables institutions à sigles compliqués mais célèbres tels que KGB, CIA, SDECE, DST ou DGSE. La réussite principale, sur le plan formel, est la retenue choisie pour dévoiler peu à peu le monde souterrain qui s’active dans les rues fleuries de Zürich. Le spectateur suit Lino Ventura pas à pas, au fur et à mesure que l’ancien espion retrouve les réflexes de son métier, et parallèlement, au fur et à mesure que le spectateur comprend qui est le respectable conseiller financier. Délaissant toute présentation, toute explication sur le fonctionnement interne du SDECE, Boisset plonge le spectateur dans un monde dont ce dernier ne découvre les codes que lorsqu’il les voit appliqués. D’où une constante sensation de courir après l’intrigue, dont la complexité et les connexions ne se dévoilent qu’au final, glaçant et sombre comme le visage de Bruno Cremer.





A des lieues de l’espionnage High-Tech des James Bond, tout aussi loin de celui d’Ennemi d’Etat, ou de La Mémoire dans la Peau, Espion Lève-toi montre cet espionnage banal que l’on accusa la CIA d’avoir oublié lors du 11 Septembre, fait de petites astuces, à l’image de celles que Robert Redford enseigne à Brad Pitt dans Spy Game, ou que le même Redford tentait de repérer dans les Trois Jours du Condor. Un réalisme qui confinerait à une quasi platitude, tant les plus petits événements semblent s’enchaîner comme une routine. Boisset dévoile la petite cuisine de l’espion de tous les jours, celui qu doit parfois se contenter de suivre un homme dans la rue sans se préoccuper de raisons ou d’identités. Et la raison d’Etat n’en apparaît que plus effrayante, toute-puissante mais ne se révélant que pour détruire. Un coup de téléphone et le dossier est clos.


Le montage ne laisse aucune place à l’imprécis ni au superflu. Passé la révélation initiale de la véritable identité de Grenier, le spectateur ne le verra plus agir qu’en espion.
Pour interpréter ce drame, quelques comédiens d’exception, parfaitement adaptés à leur personnage : à Ventura le héros indéchiffrable, qui reprend du service sans qu’on ne puisse distinguer ses états d’âme, si tant est qu’il en ait. A Piccoli le séducteur mielleux, l’espion cultivé et machiavélique auquel le script donne une dimension surnaturelle, le faisant surgir à chaque instant. A Cremer l’exécutant froid, image de ce que fut Grenier dans sa jeunesse.
L'ensemble est assez représentatif d'une époque du cinéma policier et d'espionnage français.
La trame d'un thriller ne néglige pas une importante place au contexte politique et une mise en questions de celui-ci. Une réflexion divertissante ou un divertissement intelligent ?  

lundi 24 juin 2013

Les Disparus de Saint-Agil

Les Disparus de Saint-Agil est un film français réalisé par Christian-Jaque, sorti en 1938. Dans un pensionnat pour garçons, trois jeunes élèves, Sorgue, Beaume et Macroy, sont les membres d'une confrérie secrète, "Les Chiches-Capons". Cette association à pour utopie de permettre aux collégiens de s'exiler aux Etats-Unis. Mais, le lendemain de la dernière réunion nocturne du groupe, Sorgue le plus jeune disparaît. Peu de temps avant, il jurait , auprès de ses camarades, avoir vu un individu se promener la nuit dans le batiment. Quelques jours plus tard c'est au tour de Macroy de se volatiser. L'émotion est à son comble au pensionnat et le professeur de dessin Mr. Lemesle accuse son collège Mr. Walter, un allemand d'être responsable de ces disparitions. Le soir même, Lemesle reçoit un étrange visiteur, César, l'inconnu que Sorgue disait avoir vu. César est en fait le chef d'une bande de faux monnayeurs, Lemesle s'occupant de la gravure des plaques. Sa visite nocturne a pour but de mettre en garde son acolyte contre son penchant pour l'alcool. Saoul, il risque de parler et représente donc un danger. Mais peu de temps après, profitant de la fête de l'école, Lemesle se saoule à nouveau. Au moment ou il commence à vouloir tout révéler, il fait une chute mortelle du haut d'une rambarde. Croyant à un assassinat, Baume décide alors de mener l'enquête. Il ne tarde pas à retrouver la trace de César, et en le suivant, il aperçoit Sorgue, détenu dans un moulin abandonné. Avec le renfort de ses camarades, Baume donne l'assaut au moulin et parvient à délivrer son compagnon. Sorgue explique alors que c'est le directeur du pensionnat, Mr. Boisse, qui l'a enlevé. C'est lui le véritable chef. Mais si Boisse avoue le meurtre de Lemesle, en revanche il nie être responsable de la disparition de Macroy... Ce dernier ne tardant pas à arriver escorté de gendarmes, après sa tentative ratée de rejoindre l'Amérique. 

      

   
     

Avec le temps, le jeu des trois jeunes comédiens a considérablement vieilli et les scènes du début sont un peu fastidieuses. Mais, dès la première disparition, on est rattrapé par l'intrigue et l'atmosphère étouffante entretenue par les querelles des professeurs. Réalisé en 1938, dans une période déjà troublée, Les Disparus de Saint-Agil fait un sort aux idées reçues et aux apparences trompeuses : une institution respectable abrite des faux-monnayeurs, des reproductions de Dürer se révèlent être authentiques, et les faux jetons ne sont pas ceux qu'on croit... Les dialogues de Prévert sont inégalables. Erich von Stroheim et Michel Simon sont, une fois de plus, grandioses.




                      
        
Adaptation fidèle du roman de Pierre Véry, Les Disparus de Saint-Agil est un superbe huis clos servi par d’excellents comédiens. Christian-Jaque équilibre parfaitement son récit, ménageant les rebondissements, multipliant les pistes, et profite de son casting de qualité pour composer des personnages aussi énigmatiques les uns que les autres. Comme c’est toujours le cas dans les films à tiroirs de la sorte, la première vision est la meilleure, la plus intense, celle où l’on mène soi-même son enquête, suspectant un tel, en innocentant un autre. Bien heureusement, il est une telle réussite que même après plusieurs visons le plaisir reste intact. Si vous avez aimé les tribulations de Sean Connery et Christian Slater dans le nom de la rose, très bonne adaptation d’Umberto Eco par Jean-Jacques Annaud, ce film vous ravira lui aussi.

                   





 
Le personnage joué par Erich von Stroheim est particulièrement intéressant. Inquiétant professeur d’anglais au pensionnat, mais probablement d’origine allemande, il peine à s’intégrer en cette veille de Seconde Guerre Mondiale. Ses collègues ne le portent pas dans leur cœur et se réjouissent chaque fois qu’il a des ennuis. Parmi eux, le plus belliqueux est le professeur de dessin Level, sinistre alcoolique (formidable Michel Simon !) conscient d’avoir raté sa carrière d’artiste et se soulageant du mieux qu’il peut dans son animosité envers les élèves, et la boisson. Le trio Chiche Capon est lui aussi impeccable. Parmi eux, un certain Marcel Mouloudji, futur grand chansonnier. A noter aussi que parmi les élèves du pensionnat on retrouve les noms des encore tout jeunes Charles Aznavour et Serge Reggiani, à croire que tous les futurs grands noms de la chanson s’étaient donné rendez-vous dans le film de Christian-Jaque.



                                            


 Ce film, c’est un agréable tableau de l’enfance, rêveuse, fougueuse, éprise de liberté et de grands espaces. Les Etats-Unis d’Amérique semblent la destination idéale. Ce Nouveau Monde s'annonce riche de promesses et de nombreuses aventures. Avec sa société secrète des Chiche Capon, son squelette Martin, ses rendez-vous nocturnes dans la classe de sciences naturelles, sa mystérieuse carte postale des Etats-Unis, son homme invisible (on retrouve d’ailleurs une petite allusion au roman de H.G. Wells), son silencieux Walter et même ses morceaux de salades, le film de Christian-Jaque est un régal de chaque instant, laissant libre court à notre imagination et à notre esprit de déduction. Malgré une fin un peu abracadabrante, ainsi que le sombre présage d’une guerre déjà inévitable, voici l’occasion d’un nostalgique voyage en enfance, pareil à ces films de pirates auxquels on n’avait de cesse de s’identifier et qui aujourd’hui encore ont le privilège d’accélérer notre pouls à la simple évocation de leur nom.

Song for My Father

Song for My Father est un album du Horace Silver Quintet, sorti en 1964. Conduit par le pianiste de jazz Horace Silver, il a été produit par le label Blue Note. Cet album a été inspiré par un voyage au Brésil que Horace Silver avait fait.
La couverture de l'album montre le père de Horace Silver, John Travares Silver. Les pistes 1, 2, 4, 5 ont été enregistrées le 26 octobre 1964 et les pistes 3 et 6 ont été enregistrées le 31 octobre 1963.



                  

Horace Silver est un grand pianiste de jazz. Il a fondé avec Art Blakey Les Jazz Messengers, groupe majeur du courant Hard-bop. Celui-ci est apparu dans les années 50 en réaction au Cool jazz et au jazz West coast qui étaient principalement joués par des musiciens blancs. C’était un désir de revenir aux sources de la musique noire américaine se concrétisant par la rencontre entre le piano jazz, le blues, le rhythm and blues et le gospel avec une manière de jouer plus « funky ».




« Song for my father » est considéré comme un des plus grands disques de Hard-bop. C’est un album hommage au père d’Horace Silver qui était originaire du Cap Vert. Le pianiste a été inspiré par différentes influences musicales sud américaines,carabéennes mais aussi indiennes avec le titre "Calcutta cutie". Le morceau phare de l’album « Song for my father » est une bossa-nova qui va devenir un standard du jazz.


              

Columbo

Columbo est une série télévisée policière américaine de Richard Levinson et William Link dans laquelle le personnage principal du même nom, interprété par Peter Falk, est un policier en apparence un peu ridicule mais en réalité très obstiné et perspicace.
Chacun des épisodes de la série Columbo retrace une enquête du célèbre lieutenant. Confronté à des meurtriers riches, puissants et souvent imbus de leur personne, Columbo va tout faire pour prouver leur culpabilité.

                     
           



Dans les beaux quartiers de Los Angeles, un meurtrier vient de commettre le crime parfait : rien ne peut l’accuser. Ou plutôt, presque rien… juste un petit détail, qui ne va pourtant pas échapper à ce lieutenant mal coiffé, à l’imperméable froissé et au cigare malodorant. Ce lieutenant maladroit, avec son chien apathique et sa voiture cabossée. Un certain Lieutenant Columbo
                                    



                                          


                                
Pourtant, le moins que l’on puisse dire, c’est que Columbo ne paie pas de mine. En le voyant arriver au volant de sa 403 cabossée, les assassins ne le prennent pas au sérieux. Mais bien vite, ils se rendent compte de leur erreur… Columbo a commencé à fouiller un peu partout et, grâce à son ingéniosité, a fini par découvrir un petit détail qui, déjà, le met sur une piste. S’ensuit un jeu du chat et de la souris savoureux entre le lieutenant et le meurtrier, qui, exaspéré par les histoires de famille de Columbo, commence à perdre son sang-froid. Le lieutenant n’a alors plus qu’à dévoiler sa preuve finale pour confondre une fois de plus l’assassin…


                                    

              
                                  


C'est un incroyable succès – tant critique que populaire – que Columbo, la série, et le personnage, ont accompli en 69 épisodes, de 1968 à 2003.
Modèle absolu du Formula Show, Columbo n'a fait pourtant que populariser les théories hitchcockiennes, mais avec quel talent !
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Peu importait en effet les péripéties de l'enquête, on s'était attaché pour toujours au petit inspecteur rital, son chien et sa 403, et sa femme invisible. L'enjeu posé dès le début (un crime se déroule devant nous, Columbo l'élucidera), censé détruire tout suspense, ne faisait au contraire que l'exacerber.
La formule aurait pu devenir répétitive, mais les auteurs, les réalisateurs (dont quelques futures pointures (le premier épisode de la saison 1 fut écrit par Steven Bochko (NYPD Blue) et dirigé par Steven Spielberg...) ont pu tisser à chaque fois des intrigues passionnantes, et une étude de mœurs angeleno aux petits oignons.
Photographes branchouilles, vieux beaux hystériques, capitaines d'industries trompant (et tuant) leurs épouses, les méchants de Columbo ont évolué au gré de la mode, mais la comédie humaine n'a jamais changé : les hommes tuent les femmes, les puissants se moquent des pauvres, et l'inspecteur Columbo, armé de sa seule intelligence, nous venge de tout ça.


                



On regrettera notre inspecteur (et aussi sa fabuleuse voix française, Serge Sauvion) ; mais, par la magie d'Hollywood, ils seront toujours là.
Faites l'exercice : vous aurez bien du mal à zapper avant la fin.

vendredi 21 juin 2013

Blaxploitation

La Blaxploitation est un courant cinématographique des années 70, qui serait peut-être tombé dans l'oubli s'il n'avait été remis au goût du jour il y a une quinzaine d'années par un film de Tarantino : Jackie Brown. Voilà un genre qui sent le mac, la Cadillac et les faux raccords, voilà un genre qui déborde de soul et de coiffures afros.





Lancé par les studios américains afin de revaloriser l'image des noirs américains à la suite des mouvements d'émancipation de la décennie précédente, l'objectif des magnats d'Hollywood était surtout de toucher un public très ciblé avec des films au budget souvent dérisoire, mais mettant en scène des interprètes noirs. Tous les genres sont ainsi passés à la moulinette du black-power : le polar avec Shaft et Coffy, l'horreur avec Blacula et Abby (remake de l'exorciste), les arts martiaux avec Black Belt Jones et Willy Dynamite...

En plus du casting black ce qui a le plus touché le public c'était la bande-son aux petits oignons (on y arrive !). Les plus grands artistes de la soul, du R'N'B et du jazz se sont prêtés au jeu et ont composé quelques-unes des plus belle bandes-originales du septième art. Des films pourtant mineurs ont marqué les esprits grâce à leur musique funky et rythmé, à mille lieux des bandes-son traditionnelles de l'époque. On se souvient ainsi des albums de Curtis Mayfield (Superfly), Isaac Hayes (Shaft), Marvin Gaye (Trouble Man), Roy Ayers (Coffy), Barry White (Together Brothers), Herbie Hancock (The Spook Who Sat By The Door) ou encore James Brown (Slaughter's Big Rip Off), mais combien peuvent prétendre avoir vu tous les films pour lesquels étaient composés ces albums ?
La blaxploitation c'est aussi les ballades de la diva Gladys Knight, la soul tribale d'Eddie Kendricks et le jazz lubrique des Maceo... L'éventail est large et pour les cinéphiles ces films sont une occasion en or pour s'ouvrir les portes de la musique black américaine.


                    




Aperçu de la richesse du genre en 7 bandes-originales indispensables et 7 films, standards célébrés ou titres oubliés, emblématiques de la diversité du mouvement.


Bande-originale de Shaft par Isaac Hayes
Quoi de plus vénéneux que ce morceau qui semble résumer toutes les aventures de la blaxploitation ? Sexy, moite, hypnotique : tout est ici. Mais la chanson-titre ne doit pas faire oublier le reste de l’album, tout aussi beau et vibrant.


Bande-originale de Superfly par Curtis Mayfield
La plus luxuriante mais aussi la plus lugubre de toutes les BO de blaxploitation : Curtis Mayfield parvient à faire danser sur le fabuleux Freddie’s Dead, génial requiem para fu





Bande-originale de Space Is The Place par Sun Ra
Free et cosmique, la BO de ce film est une odyssée dans l’esprit torturé de Sun Ra, entre funkeries désarmantes, et déflagrations atomiques menées par des synthés vintage.

Bande-originale de Three The Hard Way par The Impressions
Sans Curtis Mayfield, les Impressions livrent ici une BO désarmante, entre soul, funk et karaté.

Bande-originale de Shaft in Africa par Johnny Pate
La production du méconnu Johnny Pate est fabuleuse de précision et de dynamiques, tout en breaks et en montagnes russes qui font de la BO une bien meilleure réussite que le film.




Bande-originale de Coffy par Roy Ayers
Roy Ayers au sommet de sa gloire et de son inspiration : le vibraphoniste compose ici une partition qui puise dans le jazz, le funk et le rock pour se dévoiler tout en souplesse et en volutes – à l’image de l’héroïne du film, la fabuleuse Pam Grier.



Bande-originale de Trouble man par Marvin Gaye
Drôle d’exercice, qui voit Marvin Gaye quitter son costume de chanteur pour un bel uniforme de compositeur de BO : la musique qu’il signe ici est funky, portée par quelques incises électroniques et surtout une dose de groove impitoyablement stylée.



        


Black Cesar de Larry Cohen (1973)
Relecture black du classique Little Cesar avec Edward G. Robinson. L’ancien footballeur Fred "The Hammer" Williamson joue les gangsters ambitieux et tirés à quatre épingles. Réalisation de Larry Cohen et BO classieuse de James Brown, qui sont presque deux constantes du genre : un réalisateur blanc et une BO souvent presque meilleure que le film.



          



Blacula de William Crain (1972)

La Blaxploitation a revisité le genre horrifique (Blackenstein, Dr Black & Mister Hyde), par opportunisme bien sûr, mais aussi pour la figure de l’Autre – le motif classique du monstre. Dans une excellente suite, Scream Blacula Scream (1973), c’est Pam Grier qui héritera du rôle de la victime du vampire noir.

                              


Foxy Brown de Jack Hill (1973)
Parce qu’il faut citer un film avec la divine Pam Grier (Jackie Brown) en vedette, qui venge les siens comme dans Coffy, d’ailleurs presque interchangeable avec Foxy Brown : mais on préfère ses différentes coiffures ici – démonstration qu’on peut planquer un arsenal de lames de rasoir dans une coupe afro.



                                  

Meurtre dans la 110ème rue de Barry Shear (1972)
Film noir sous influence documentaire à la French Connection et à la lisière de la Blaxploitation : le décorum de putes et de macs est minoré au profit d’un réalisme tragique qui fait le solde amer de la lutte pour les droits civiques. Duo magnifique de flics très mal assorti : Anthony Quinn (co-producteur du film d’ailleurs) et Yaphett Kotto.


                                 



Mandingo de Richard Fleischer (1975)
Son inclusion dans le genre est sujette à controverse mais on le garde tout de même, voilà. Situé dans une plantation sudiste, le film a pour héros un esclave lutteur qui a une liaison avec la femme blanche de son maître. Totalement outrancier, donc très Blaxploitation.




Dolemite de d’Urville Martin (1975)
La Blaxploitation est complètement parodiée ici. Le comique de stand-up Rudy Ray Moore dispense ses punchlines tandis que son harem de jeunes femmes use de kung-fu sur les méchants.

Abby de William Girdler (1974)
Cette version "blax" de L’Exorciste a longtemps été invisible pour cause de plagiat du film de Friedkin. Entre deux plans copiés, restent un portrait intéressant d’une famille noir middle-class et la prestation de Juanita Moore, la mama déchirante de Mirage de la vie de Sirk, dans un rôle quasi-identique.
(
http://www.lesinrocks.com/2007/10/18/cinema/actualite-cinema/indispensables-blaxploitation-1162003/)