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vendredi 31 mai 2013

lounge-music


La musique dite lounge (lounge-music) se réfère initialement à la musique jouée dans les salons des bars d'hôtels et de casinos, mais également dans les petits cabarets et les piano-bars. C'est la version « excentrique » de la easy listening.
Née dans les années 1950-1960, elle succède à l'ère du swing des grands orchestres. Conservant le côté doux, sirupeux, "ambiance" de la easy listening, la lounge intègre un côté expérimentation, mêlant instruments exotiques, futuristes et nouvelles technologies (stéréo ...). Elle est un des symboles du style de vie kitsch des années 1960. Elle connaît un regain de popularité depuis les années 1990.
Le terme de lounge music se réfère également aujourd'hui aux musiques électroniques de type down tempo, au rythme calme (n'excédant pas 90 battements par minute).


           



Aujourd'hui, la musique lounge est très diverse, elle va d'une ambiance blues à une ambiance beaucoup plus rythmée approchant la house en passant par du down tempo. Ce genre musical est en plein essor, de nombreuses radios internet se disent « de lounge ».
Les Baxter était parmi les pionniers de l'exotica, un sous-genre de la lounge, reprenant des thèmes de musique latino-américaine. Il utilisa beaucoup le theremin, premier instrument électronique.
           

Esquivel, certainement le plus excentrique, créa la space age pop faisant apparaître des instruments surréalistes et des parties vocales faites d'onomatopées. Mexicain d'origine, il intégrait des rythmes allant du cha-cha au mambo. Il enregistra un album en 1962 , Latin-Esque, faisant jouer deux orchestres dans deux studios différents en même temps par retour radio, le premier album en séparation stéréo totale. La critique a toujours été divisée à son sujet, comme beaucoup de compositeurs lounge.
Burt Bacharach compose des mélodies sophistiquées et légères peuvent s'apparenter à la easy listening, mais le mélange d'influences musicales de ses compositions répondent plus aux styles lounge, jazz, bossa nova, pop, rythmes sud-américain, etc..


          

 La plupart des artistes lounge de la première époque vivent une fin de carrière à Las Vegas, où ils sont portés en triomphe. Les plus illustres qui ont atteint le paroxysme de leur art, participent notamment aux célèbres soirées du club Würth, soirées quelque peu fabuleuses et mystiques organisées, toujours parfaitement, par un couple mystérieux que personne n'a encore eu la chance de rencontrer. Des artistes hors du commun, tels que la splendide C. S. ou encore l'incontournable M. J. bénéficient de l'admiration et du soutien sans limite des deux fondatrices du Würth. L'univers W. reste très difficile, voire impossible d'accès, répondant aux lois du hasard, de la magie, de l'illustre cocon, de quelques drogues et d'une exigence musicale quasi inaccessible.
Généralement il s'agit de reprises de standards allant de la pop au classique en passant par le rock, le jazz et la world music.


          

L'album Blue Print ( 1998 ) d'Imhotep est souvent considéré comme le premier album de lounge français. Subtile alchimie de sonorités méditerranéennes et orientales , de rythmes hip-hop et de dub , cet album historique reflète l'exploration musicale d'Imhotep en marge de son activité dans le rap français. L'album Kheper sorti en 2012 est la continuation aboutie de cette recherche.
En France toujours , les DJ Stéphane Pompougnac avec sa suite de mix Hôtel Costes et Claude Challe avec la série Buddha Bar Grand Palace Indolence ont une renommée internationale.
Parmi les autres artistes notables se trouvent The Dining Rooms, en Italie ; Alphawezen, en Allemagne ; Funki Porcini, en Grande Bretagne, très inspiré par Esquivel ; et Sven van Hees en Belgique ; ainsi que Richard Cheese avec ses reprises de rock en version lounge, qui est une véritable star à Las Vegas.

                  


Ron Carter Piccolo

Ron Carter est un contrebassiste de jazz américain né le 4 mai 1937 à Ferndale (Michigan, Etats-Unis).


Ce contrebassiste auquel on prête plus de deux mille cinq cents albums, ce pilier de l’extraordinaire rythmique du second quintette de Miles Davis (à partir de 1963) avec Herbie Hancock et Tony Williams, a pourtant été violoncelliste jusqu’à l’âge de 17 ans. Quelques enregistrements ultérieurs permettent d’ailleurs de l’entendre sur cet instrument (comme avec Eric Dolphy sur « Out There »). Adolescent, il s’est également essayé au violon, à la clarinette ou au tuba. À la contrebasse, Ron Carter n’est devenu que progressivement un jazzman après avoir notamment joué dans l’orchestre philharmonique de l’Eastman School of Music (Rochester) d’où il est sorti diplômé en 1959.



L’une de ses premières expériences importantes, à New York, l’associe au quintette de Chico Hamilton, puis il enchaîne rapidement les engagements ou enregistrements : Dolphy, Don Ellis (avec Jaki Byard ou Paul Bley au piano), Randy Weston, Thelonious Monk, Bobby Timmons, Art Farmer, ou encore Cannonball Adderley pour une tournée européenne. Entre 1963, où il succède à Paul Chambers, et 1968 où il laisse place à Dave Holland, Ron Carter sera de toutes les aventures de Miles Davis, et même…à la basse électrique sur le tout dernier LP, « Filles de Kilimanjaro ». À la même époque, il trouve le temps de se consacrer à l’écriture d’une méthode de basse (Building a Jazz Bass Line) et à la pédagogie parallèlement à d’innombrables séances en studio.




L’activité de Ron Carter, dès lors, ne cessera de déborder les cadres du « jazz », d’Aretha Franklin à Jefferson Airplane, de Roberta Flack à Antonio Carlos Jobim. Vers le milieu des années 1970, il fait partie du New York Jazz Quartet aux côtés de Frank Wess et Roland Hanna, connaît une longue complicité avec le batteur Billy Cobham, les pianistes Kenny Barron ou Don Grolnick, puis forme l’étonnant quartette dans lequel il tient la contrebasse piccolo (une basse 3/4 proche du violoncelle) aux côtés de Barron, Ben Riley et… Buster Williams à la contrebasse. Ce quartette se verra augmenté d’une section de bois (parmi lesquels Jerry Dodgion à la clarinette et à la flûte) et d’une guitare pour l’album « Peg Leg », sorti en 1978. Dans un autre album paru sous son nom, « A Song for You », Carter ajoute un quatuor de violoncelles à une rythmique accueillant cette fois Jack DeJohnette.




À l’approche des années 1980, Ron Carter s’impose progressivement comme le bassiste emblématique du mouvement de retour généralisé à l’acoustique et à l’esthétique post-bop : à travers le quintette V.S.O.P. (avec Shorter, Hubbard, Hancock et Williams) naturellement, mais également le Great Jazz Trio (avec Hank Jones et Tony Williams) ou encore avec Sonny Rollins, McCoy Tyner et Al Foster. Parmi ses activités dans les années 1980, des duos (Cedar Walton, Jim Hall), trios (Hancock et Cobham, Walton et Billy Higgins), quartettes (Michael Brecker, Hancock et Williams), un solo enregistré en 1988 (« All Alone »), une participation remarquée dans le film Autour de minuit de Bertrand Tavernier (1986) et les collaborations ponctuelles les plus variées. Il dirige également, à cette période un nonette comprenant contrebasse piccolo, quatre violoncelles et une rythmique complète. Portée par la vague irrépressible des hommages et tributes, une tournée internationale consacrée l’unit à ses anciens partenaires et au trompettiste Wallace Roney autour de la figure de Miles Davis (1992). Ron Carter a également marqué d’une façon plus anecdotique la culture hip-hop par sa présence sur « The Low End Theory » du groupe A Tribe Called Quest (1991), album considéré comme fondateur du rap progressiste new-yorkais. Durant cette décennie, le pianiste Stephen Scott devient son pianiste le plus régulier mais la complicité avec Kenny Barron demeure à travers des trios avec Herb Ellis (1994) ou Lewis Nash (1998).


         

Un étonnant « All-Star Tribute » à Ron Carter a été organisé en sa présence au Merkin Hall de New York, en 1995, en présence de bassistes légendaires (Milt Hinton, 85 ans) ou prometteurs (Christian McBride, 22 ans) et d’une pléiade de musiciens parmi lesquels Jimmy Heath, Milt Jackson ou Geri Allen. Ron Carter ne semble pas avoir à ce jour ralenti son activité. L’une de ses récentes productions, (« Dear Miles », 2007), nouvel hommage au légendaire partenaire, se compose de dix « premières prises » choisies dans le répertoire du trompettiste.




« Quand je joue du jazz, j’essaye trouver de trouver la meilleure note, celle qui se trouve à la hauteur parfaite, tous les soirs », se plaît-il à déclarer. Célébré (on l’a vu plus haut) de son vivant, Ron Carter est l’héritier direct d’une tradition de son instrument qui va de Milt Hinton et Jimmy Blanton jusqu’à Paul Chambers. Il est également l’un des rares héritiers d’Oscar Pettiford dans l’exploitation du violoncelle dans le jazz. Son collègue Ray Drummond a évoqué à son propos un « sens musical exceptionnel consistant à se trouver au bon endroit au bon moment ». Ce qui peut se traduire, par exemple, en termes de flexibilité rythmique (dans le groupe de Davis) ou encore d’exceptionnelle adaptabilité au contexte stylistique et musical.


        


                  

Si le leader et le soliste (à la virtuosité pourtant accomplie) ne se situent pas à une hauteur égale d’inspiration, l’Histoire a d’ores et déjà retenu l’accompagnateur à la fois souple et à la pulsation inébranlable. La texture fournie par son accompagnement mêle avec subtilité les caractère mélodique, harmonique et rythmique. Un dosage qui, au sein du groupe de Davis par exemple, fait de lui le centre de l’efficacité et de l’interactivité atteintes par la rythmique avec Hancock et Williams. Compositeur de plusieurs bandes originales pour le cinéma (dont La Passion Béatrice de Bertrand Tavernier en 1987), Ron Carter est l’un des premiers jazzmen noirs à franchir obstinément les barrières entre genres (notamment en maintenant son lien premier avec la pratique du répertoire classique et symphonique). Ancien directeur artistique du Thelonious Monk Institute of Jazz Studies (Boston), il a également enseigné au City College de New York.

jeudi 30 mai 2013

Down By Law

Deux ans après Stranger Than Paradise (ovni et palme d’or de Cannes 1986), Jim Jarmusch nous plonge dans un bidonville crasseux de la Nouvelle-Orléans. Zack, DJ léthargique interprété par Tom Waits, vit quelque part dans ce taudis avec une chieuse (Ellen Barkin) qui aimerait le voir chercher du boulot. Jack, maquereau nihiliste interprété par John Lurie, relève les compteurs dans sa circonscription et passe le plus obscur de son temps à déjouer les coups tordus de concurrents féroces.
Zack et Jack ont beau fuir les emmerdements, ils finissent toujours par plonger dans un traquenard qui les ramène à la case départ. Ainsi, contre une poignée de dollars, Zack se retrouve au volant d’une rutilante guimbarde qu’il doit livrer à l’autre bout de la ville ; bien sûr il ignore qu’un macchabée est en train de décongeler dans le coffre. Ce sera de la petite bière pour la brigade de nuit.

        
   

Pendant ce temps, en gage de réconciliation, un vieux félon offre à Jack une gagneuse de première main, présentée comme la poule aux œufs d’or. Invité à contrôler la marchandise, Jack s’en va donc rejoindre la fille... dans une chambre trop obscure pour être honnête. À peine a-t-il posé son cul sur le lit que les flics débarquent. Émerge alors, frissonnant sous les draps, une gamine d’une quinzaine d’années.« Ce monde est triste et beau » .Et voilà nos deux végétaux derrière les barreaux, dans la même cellule. Jusqu’ici, on ne peut pas dire que Down By Law soit une partie de rigolade. Mais la griffe Jarmusch — qui fit comparer Stranger than Paradise à un film de Buster Keaton écrit par Samuel Beckett et tourné par Andy Warhol — a ceci d’inimitable qu’elle ouvre des brèches poétiques dans les paysages les plus dévastés. Peu à peu, la poésie va triompher de la dévastation.  Mark Deming dans The New York Times.

Ainsi, la première apparition de Bob (Roberto Benigni) allume un sémaphore au cœur des ténèbres. Tel un météore, l’Italien surgit dans la banlieue de Down By Law avec la bonhomie surnaturelle et la joie de vivre qui l’ont rendu si populaire. Au contraire de Fellini, qui exploitera cette énergie à des fins gentiment surréalistes (La Voce della Luna, 1989), Jim Jarmusch maintient un postulat réaliste. Le personnage de Bob n’est absurde que par contraste. Son optimisme extraverti, son enthousiasme à communiquer, tranchent avec la torpeur viscérale des autochtones, claquemurés dans un quotidien minable qui les a blasés de tout. Quand Bob aborde Zack, déclamant dans un anglais expérimental une sentence qui pourrait résumer le postulat du film — « This is a sad and beautiful world » — la fibre burlesque traverse soudain l’enveloppe dramatique. Bob est incapable d’analyser la fin de non-recevoir que lui signifie son « interlocuteur », ce qui donne lieu au premier d’une longue série de quiproquos dont Jarmusch va tirer des trésors.




                  

Quel film ! Sans discours, sans intrigue, sans théorie lourdingue sur la fraternité des parias ou leur altérité, Down By Law sécrète entre ses personnages un flux d’humanité dont la source reste, au fond, insaisissable. Jack et Zack se rencontrent par accident et leur antagonisme se révèle d’autant plus violemment qu’ils occupent chacun une parcelle du même enclos social. Même si Bob les transporte dans les flots de son optimisme congénital, ils n’évolueront pas réellement, en eux-mêmes, ils ne s’évaderont pas réellement. Arrivés au carrefour de l’histoire qu’ils ont partagée à leur corps défendant, les voici à nouveau à la case départ, dominés par la même inoxydable divergence. Pourtant, dans cet épilogue qui inscrit une des plus belles scènes du film, ils échangent leurs « cuirasses ». Le réalisme statique de Jim Jarmusch n’est pas sourd. Deux êtres incapables de se comprendre peuvent néanmoins se reconnaître, ou reconnaître qu’ils portent la même croix, et échanger leurs destins (puisqu’ils sont interchangeables).             

J’ai toujours été fasciné par la chimie du noir et blanc, qu’on réduit trop volontiers à un marqueur esthétique. Down by Law, évident prolongement pictural de Stranger Than Paradise, s’impose dans cette bichromie ; c’est un film au grain siliceux et mélancolique. John Lurie / Jack (qui en a composé la musique si singulière) et Tom Waits / Zack (qui y distille sa voix bourbonneuse) sont deux piliers de l’underground artistique depuis des décennies. Leurs carrières révèlent, dès les années 70, une allergie irrémédiable à l’industrie du divertissement telle qu’on l’entend à Hollywood. Le « style » de l’un et de l’autre est taillé pour la pellicule carbonique de Jim Jarmusch. Ajoutons qu’ils jouent remarquablement, à peu de chose près, leur propre rôle. « I can’t act, that’s my problem », ment Tom Waits dans les interviews. Et d’ajouter aussitôt : « That’s my big secret. » C’est bien ce qu’on voit à l’œuvre dans la scène de rupture inaugurale avec Laurette (Ellen Barkin) : Waits y joue l’épave à la perfection, sans appuyer sur la touche « performance d’acteur », les yeux hagards, mutiques, désamorcés. On ne peut pas oublier non plus, peu avant l’arrivée de Bob dans la cellule, le style magistralement délesté de Zack improvisant le laïus d’un animateur radio devant un Jack goguenard mais admiratif. Étrange alchimie des deux tempéraments où perce, inespéré, l’embryon d’une complicité.



J’avoue. Avec 99% de la population mondiale, je suis subjugué par Roberto Benigni. Pas seulement parce que c’est la symbiose du caractère et du personnage. Aussi parce qu’il dégage comme un champ magnétique, comme une impulsion vitale, tout autour de lui. Benigni, réalisateur, n’a pas toujours su éviter l’écueil d’une mise en scène égocentrique. Ici, son comique farfadéen, même si on peut le trouver quelquefois exorbitant, rééclaire l’image sans l’accaparer. En fait, Jim Jarmusch fait le meilleur emploi possible de cet être pyrotechnique : un révélateur (extrêmement lucide en ce sens) de ce que le désenchantement, l’inhibition des rêves, la défiance, sont avant tout et après tout des doctrines. Des doctrines inertes. L’action vient d’ailleurs. L’action est un produit dérivé de la fantaisie.
Ainsi, à travers le personnage de Bob, Down By Law raille les soupirs et la morosité de l’artiste post-moderne, pulvérise le consensus morbide de la contre-culture. C’est ce qui donne à ce film, outre sa poésie, son ironie jouissive.

Deux ans après "Stranger than Paradise", John Lurie retrouve Jim Jarmusch pour prendre part, une fois de plus, à une nouvelle aventure cinématographique. Il cumule désormais avec aisance son rôle de compositeur attitré et celui d'acteur de premier plan où, pour la peine, il partage la vedette avec Roberto Benigni mais surtout Tom Waits. Même si le poète américain ne collabore pas à l'écriture de la musique, il est difficile de s'empêcher de penser qu'il a toutefois grandement inspiré Lurie qui signe ici une musique visqueuse, boueuse et crasse comme les affectionnent Tom Waits. Et elle illustre parfaitement cette histoire loufoque de trois paumés, un dj raté accusé de meurtre, un assassin et un proxénète évoluants sous un soleil de plomb tantôt dans les eaux tumultueuses de la Nouvelle Orléans, tantôt derrière les barreaux d'une cellule humide. Il se dégage de la musique un sentiment d'étrangeté, généré quasi systématiquement par l'utilisation volontairement non académique des instruments où saxophones, guitares, harmonica et percussions se déforment, pour notre plus grand bonheur, stimulant l'émergence d'une musique unique, qui ne sera pas sans rappeler certaines des atmosphères des "Music for Films" de John Zorn. Comme pour "Stranger than Paradise", le disque inclut en fin d'album d'autres musiques, et en l'occurence ici celles d'un autre film, "Variety", récit introspectif d'une femme dans le milieu du porno. Cela n'étonnera personne de savoir que le style narratif utilisé ici et la diversité des arrangements évoquent à peu de choses près l'univers de Charles Mingus. Comme pour sa précédente B.O., cette juxtaposition d'oeuvres différentes ne pose aucun problème. Mieux ; "Down by Law" et "Variety" semblent s'accomoder l'un à l'autre mieux encore qu'avait pu le faire "Stranger than Paradise". Source : http://www.gutsofdarkness.com/god/objet.php?objet=2156&quoi=votes

Arsène Lupin

                             
Arsène Lupin est un personnage de fiction français créé par Maurice Leblanc dans la nouvelle L'Arrestation d'Arsène Lupin, parue dans le magazine Je sais tout en juillet 1905. Cette nouvelle est reprise dans le recueil Arsène Lupin gentleman cambrioleur.
Plusieurs auteurs ont tenté d'établir une biographie d'Arsène Lupin à partir des informations figurant dans les différents textes de Maurice Leblanc. Les biographies les plus abouties, différant sur plusieurs points, sont celles proposées par Francis Lacassin, en annexe du tome 3 de l’intégrale Arsène Lupin, publiée en 1986 dans la collection « Bouquins » (éditions Robert Laffont), et celle présentée par André-François Ruaud dans Les Nombreuses Vies d'Arsène Lupin (Les Moutons électriques, 2005). Cette dernière a été largement augmentée dans Arsène Lupin, une vie (Les Moutons électriques, 2011), qui s'impose comme le travail le plus approfondi sur la question.
Arsène Raoul Lupin pourrait être né en 1874, fils d’Henriette d’Andrésy et de Théophraste Lupin (dans La Comtesse de Cagliostro, explicitement situé en 1894, Arsène Lupin a 20 ans). Son lieu de naissance pourrait être Blois, sur la foi d'un acte de naissance truqué (le nom figurant sur l'acte est « Floriani », pseudonyme d'Arsène Lupin dans la nouvelle Le Collier de la Reine) exhumé par la police dans Les Dents du Tigre. Selon que l'on considère que cet acte de naissance vient remplacer l'acte véritable de naissance de Lupin ou bien qu'il s'agit d'un leurre mis en place par Lupin pour brouiller les pistes, on retiendra ou on exclura Blois comme lieu de naissance.
bonus

Quelques années après sa naissance, sa mère se sépare de Théophraste Lupin et trouve refuge avec son fils chez les Dreux-Soubise. Blessé par les vexations que vaut à sa mère son statut de « parente pauvre », le jeune Arsène, à l’âge de six ans, dérobe le précieux collier de la reine Marie-Antoinette dont la possession faisait la fierté des Dreux-Soubise. Bien qu'on ne découvre alors ni comment, ni par qui le vol a été effectué, Henriette d'Andrésy, vaguement soupçonnée, est chassée par les Dreux-Soubise et trouve refuge à la campagne, où elle meurt quelques années plus tard (ces événements sont décrits dans la nouvelle Le Collier de la Reine et précisés dans La Comtesse de Cagliostro).
En plus d'études de droit, de médecine et d'une spécialisation en dermatologie, Arsène Lupin a aussi suivi des études classiques de latin et de grec. Il a également étudié la prestidigitation, avec Dickson et Pickmann. Son père, professeur de boxe, d’escrime et de gymnastique, l’a initié aux sports de combat. Son premier métier sera professeur de savate. Il a également été professeur de jujitsu.
Arsène Lupin. Titre original : Arsène Lupin. Réalisé par : Jack Conway Produit par : Louis-B. ... Année : 1932.(suite sur youtube, activer les sous-titres)


                                  


Arsène Lupin présente la particularité de se grimer, se maquiller, se déguiser ou même se transformer selon le personnage qu'il incarne. Il est donc assez difficile d'en faire une description exacte. Néanmoins, au naturel, il s'agit, semble-t-il, d'un personnage plutôt élancé, de belle allure et d'une force peu commune, liée à son entraînement.
Son côté enfantin aussi bien qu'une face plus sombre, sa valse-hésitation constante entre aristocratie (son côté Raoul d'Andrésy) et plèbe (la face Arsène Lupin), un caractère à la fois séduisant, torturé et mystérieux, lui ont assuré son succès auprès de nombreux lecteurs.
Il fait montre de ses talents dans de nombreuses aventures qui se suivent chronologiquement et ont pour cadre la France de la Belle Époque puis, plus brièvement, celle des Années Folles. Aucune énigme ne résiste à la perspicacité du héros, même si personne n’a réussi à résoudre celle-ci depuis la chute des rois de France, comme dans L'Aiguille creuse.

   

Sa répulsion à tuer et son respect des femmes le rendent fort sympathique pour un large public jusqu'à aujourd'hui : il restitue certains bijoux volés à de jolies femmes pour peu qu'un sourire l'ait ému. Charmeur, il n'hésite pas à confier avoir été rejeté parfois pour des rivaux moins valables : il n'est pas un séducteur infaillible, ce qui lui donne une dimension plus humaine que nombre d'autres héros de littérature.
Il fait également preuve de patriotisme, notamment au cours des épisodes situés durant la Première Guerre mondiale. Il prend l'initiative de plusieurs opérations diplomatiques en faveur de la France, qui auraient, d'après lui, changé le cours de la guerre. Il s'est engagé dans la Légion étrangère et a combattu au service de la France en Afrique du Nord (Les Dents du tigre).


                        

Outre la série des romans et recueils de nouvelles originales de Maurice Leblanc, Arsène Lupin a également été à diverses reprises représenté au cinéma et à la télévision, et a fait l'objet de plusieurs pastiches littéraires. Il a d'ailleurs été chanté par Jacques Dutronc pour accompagner la série télévisée des années 1970 avec Georges Descrières. Jean-Claude Brialy est un autre interprète du gentleman-cambrioleur, après André Brulé dans les pièces contemporaines de l'auteur, tandis que François Dunoyer reprend le rôle, entre 1989 et 1996 dans les deux saisons de la série télévisée Le Retour d'Arsène Lupin.

« Comment est né Arsène Lupin ? De tout un concours de circonstances ». Toutes les tentatives auprès de Maurice Leblanc ont échoué pour connaître la genèse du nom mythique d’Arsène Lupin. On ne saura sans doute jamais si le romancier a vraiment oublié comment le nom fameux a germé en son esprit ou si l’auteur de romans de mœurs ou de psychologie, toujours gêné par ce personnage extravagant, n’a pas désiré le tenir éternellement secret. Malgré toutes les enquêtes, les interviews, et la lecture minutieuse de toutes ses préfaces ou articles, rien n’a pu transpirer, pas même un indice.
Premiéres Aventures ici !
En revanche, les modèles du « bandit-honnête homme » ne manquent pas et pour Francis Lacassin, « on les trouvera de façon diffuse chez les écrivains que Leblanc admirait ». Il ne semble pas y avoir de noms suggérant le gentleman-cambrioleur dans les innombrables aventures d’Alexandre Dumas, où l’on rencontre, entre autres, le type d’aventurier, mystérieusement enrichi en terre lointaine et revenu pour redresser les torts comme dans Le Comte de Monte-Cristo. On a voulu voir, mais sans se convaincre, la figure de Lupin dans les repris de justice qui se sont succédé à la une des journaux du temps. Marius Jacob (1879-1954), cambrioleur ingénieux doté d'un grand sens de l'humour et capable de grande générosité à l'égard de ses victimes est souvent cité.



1919 : le lieutenant André Laroche, alias Arsène Lupin, est en convalescence aprés avoir été blessé à la guerre. A l'hôpital, il fait la rencontre d'une Roumaine, la belle Aurélia Valéano. Une fois guéri, il reprend ses anciennes activités mais se retrouve malgré lui à la recherche de l'Ordre de la Toison d'Or. 

                       

                                        



On a même cerné de près le célèbre aventurier dans l’ouvrage Les Terribles de Peské et Marty, chez qui on trouve un « Arsène Lopin », ancien conseiller municipal de la ville de Paris ou de Rouen, on ne sait plus vraiment, que Leblanc aurait dû maquiller en Lupin après protestation. C’est probablement une légende car les toutes premières livraisons de Je sais tout ne le nomment pas autrement que Lupin. La nouvelle qui présenta la première fois au monde entier le fameux cambrioleur fut « L’Arrestation d’Arsène Lupin » (rattachée au recueil Arsène Lupin gentleman cambrioleur) où un commandant de bateau transatlantique est prévenu par un message radio (qui sera interrompu par l’orage) qu’il a un escroc à son bord, sous le nom de R… Les vols vont se multiplier et une grande angoisse va régner pendant toute la traversée qui sera très agitée jusqu’à l'arrivée. Intervient alors l’arrestation du voleur au cours de laquelle les journalistes apprennent enfin son véritable nom : Arsène Lupin. « À cette époque, je ne connaissais même pas Conan Doyle ; si j’ai été influencé par un romancier, c’est par Edgar Poe […] » disait Maurice Leblanc à Georges Charensol qui lui avait rendu visite à Paris. C’est indéniablement une approche intéressante, car l’auteur américain a justement un héros, de surcroît français et admiré de Leblanc, qui s’appelle Auguste Dupin, pouvant réconcilier la phonétique et l’esprit de déduction. Cependant Charensol comme tous les autres n’obtiendra pas d’aveu compromettant de la part d’un auteur qui passe vite au problème général de la création :« Le nom d’Arsène Lupin ? la création de ce personnage ? Je serais incapable de vous dire comment l’idée m’en est venue. Sans doute, était-elle en moi, mais je l’ignorais […] En réalité, tout cela est né dans mon inconscient, […] ».



           
          

                    

                               
On s’est donc rabattu sur des ouvrages autres que ceux de ses confrères, Gaboriau ou Assolant, et on découvre que des mémoires de personnages atypiques tels François Vidocq ont décrit des milieux, peut-être un peu trop crapuleux mais folkloriques, où aurait pu évoluer Lupin. Vidocq, le même type de « Bibi-Lupin » qui côtoie le Vautrin de Balzac. En parlant de chef de police sur la piste mystérieuse de sombres personnages, on a omis généralement les souvenirs d’un certain Monsieur Claude, publiés à partir de 1881 (Leblanc avait 17 ans) et dont les enquêtes ne sont pas moins rocambolesques. On tombe, chez cet ancien limier, sur un épisode curieux : « […] j’aperçus un cabaret très mal famé signalé depuis longtemps à la police. Ce cabaret était tenu par un nommé Lupin.[…] Il était très connu des rôdeurs de barrière. Sous prétexte d’y venir boire, ses clients lui vendaient les produits de leurs nocturnes larcins. […] Maître Lupin vint nous ouvrir ; il ne put s’empêcher de faire un haut-le-corps significatif. Il connaissait trop bien les gens de la préfecture ! ». Il est difficile de ne pas songer à un Ganimard venu arrêter sa bête noire : « Sans lui permettre d’aller jusqu’au comptoir, j’ordonnai aux agents de mettre la main au collet de mon logeur, qui, d’une force herculéenne, essaya de regimber, vu que deux hommes seulement ne lui faisaient pas peur »http://arsenelupingc.free.fr/films.php

mercredi 29 mai 2013

Simenon

Georges Simenon est un écrivain belge francophone né à Liège (Belgique), officiellement, le 12 février 1903 et mort à Lausanne (Suisse) le 4 septembre 1989.
L'abondance et le succès de ses romans policiers (notamment les « Maigret ») éclipsent en partie le reste d'une œuvre beaucoup plus riche.
Simenon est en effet un romancier d’une fécondité exceptionnelle : on lui doit 192 romans, 158 nouvelles, plusieurs œuvres autobiographiques et de nombreux articles et reportages publiés sous son propre nom et 176 romans, des dizaines de nouvelles, contes galants et articles parus sous 27 pseudonymes. Il est l'auteur belge le plus lu dans le monde.
Les tirages cumulés de ses livres atteignent 550 millions d’exemplaires. Georges Simenon est, selon l'Index Translationum de l'UNESCO de 2013, le seizième auteur toutes nationalités confondues, le troisième auteur de langue française après Jules Verne et Alexandre Dumas, et l'auteur belge le plus traduit dans le monde (3 500 traductions en 47 langues).




                                    



Il a été choisi comme un des « Cent Wallons du siècle », par l'Institut Jules Destrée, en 1995.
André Gide, André Thérive et Robert Brasillach sont parmi les premiers hommes de lettres à le reconnaître comme un grand écrivain. André Gide, fasciné par la créativité de Georges Simenon qu'il avait souhaité rencontrer dès son succès policier, le questionna à maintes reprises, échangea une correspondance quasi-hebdomadaire pour poursuivre les méandres créatifs de cet écrivain populaire et prit la surprenante manie d'annoter en marge tous ces romans pour conclure en 1941 : « Simenon est un romancier de génie et le plus vraiment romancier que nous ayons dans notre littérature d'aujourd'hui ». Menant une enquête encore plus intense, mais plus courte en convoquant l'auteur à Darmstadt pour trois jours et nuits de questions ininterrompues, le philosophe allemand Hermann von Keyserling déclarait péremptoirement : « C'est un imbécile de génie. »



                   

À la différence de beaucoup d’auteurs d’aujourd’hui qui essayent de construire une intrigue la plus complexe possible, comme un jeu d’échecs, Simenon propose au final une intrigue simple, mais un décor et des personnages forts, un héros attachant d’humanité, obligé d’aller au bout de lui-même, de sa logique.
Le message de Simenon est complexe et ambigu : ni coupables, ni innocents, mais des culpabilités qui s’engendrent et se détruisent dans une chaîne sans fin. Les romans de l’écrivain plongent surtout le lecteur dans un monde riche de formes, de couleurs, de senteurs, de bruits, de saveurs et de sensations tactiles ; on y entre dès la première phrase…Le critique Robert Poulet avait dit : « Presque tous ses récits commencent par cent pages magistrales, auxquelles on assiste comme à un phénomène naturel, et à l’issue desquelles on se trouve infailliblement devant une certaine quantité de matière vivante dont un autre Simenon s’empare alors pour en tirer des surprises et des drames beaucoup moins habilement. » Il avait aussi précisé que Simenon était meilleur dans la peinture des états que dans celle des actions, définissant son univers comme statique.

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Hors commissaire Maigret, ses meilleurs romans sont basés sur des intrigues situées dans des petites villes de province, où évoluent de sombres personnages à l’apparence respectable, mais qui ourdissent de ténébreuses entreprises, dans une atmosphère sournoise et renfermée, dont les meilleurs exemples sont les romans Les Inconnus dans la maison et Le Voyageur de la Toussaint, mais aussi Panique, Les Fiançailles de M. Hire, La Marie du port et La Vérité sur Bébé Donge.
L’univers de Simenon est relativement statique, mais cela n’a jamais découragé les réalisateurs de cinéma, pourtant « art du mouvement », à porter sur grand écran son œuvre. Plus de cinquante films ont été tournés par le cinéma en France à partir d’une œuvre de Georges Simenon. Des dizaines d’autres ont été tournés par d'autres industries cinématographiques à travers le monde.
Il fut le premier romancier contemporain à être adapté dès le début du parlant avec La Nuit du carrefour et Le Chien jaune, parus en 1931 et portés à l’écran dès 1932.



                            




Mais au final, les réussites sont assez rares, car entre la fidélité décevante et la trahison féconde, la ligne de partage est étroite, de nombreux réalisateurs (et des plus prestigieux : Jean Renoir, Maurice Tourneur, Marcel Carné, Henri Verneuil, Henry Hathaway, Claude Autant-Lara, Jean-Pierre Melville, Bertrand Tavernier, Claude Chabrol…) s’y sont essayés avec plus ou moins de succès. Finalement, le choix de l’interprète s’est toujours avéré primordial, surtout pour le célèbre commissaire Maigret, car c’est autour de lui que va se structurer le film, sa personnalité, son humanité et sa présence, devant être aussi fortes que l’intrigue.





                                 
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Les acteurs qui ont interprété, au cinéma, le célèbre commissaire sont : Pierre Renoir qui fut un des meilleurs, Abel Tarride, Harry Baur qui fut aussi un des meilleurs, Albert Préjean qui fut le moins convaincant et le plus mal choisi, Charles Laughton, Michel Simon qu’on a juste entrevu, Maurice Manson, Jean Gabin qui sut habiter le rôle et lui donner une composition intelligente, Gino Cervi et Heinz Rühmann qui composa un « Maigret » savoureux et vraisemblable.
Jean Gabin et Simenon étaient très amis et l’acteur a tourné un total de dix films adaptés de Simenon, dans lesquels il a su presque faire oublier son passé cinématographique et ses très nombreux rôles de mauvais garçon.





                            



                                   

mardi 28 mai 2013

The Smiths

Quand MorrisseyJohnny Marr, le bassiste Andy Rourke et le batteur Mike Joyce forment les Smiths, à la mi-1982, l'Angleterre de Thatcher mène une guerre-éclair contre l'Argentine, pour le contrôle des îles Falklands-Malouines. Le rock anglais, lui, sort d'une guerre beaucoup plus longue. Six ans avant, Anarchy in the UK des Sex Pistols a éclaté comme une bombe au milieu du paysage musical. Bombe dont les fragments vont se disperser six ans durant dans un pays qui se défait, miné par le chômage et la violence.


 Jamais, sans doute, le rock de sa Gracieuse Majesté ne sera meilleur que durant ces années punk - new wave. Six ans plus tard, les Smiths débarquent en pleine retraite de Russie : Pistols, Jam, Buzzcocks et Damned sont séparés, Clash en nette perte d'inspiration, Joy Division transformé en New Order depuis le suicide de Ian CurtisThe Cure plongé dans les ténèbres de Pornography. Quant aux Undertones, Television Personalities et autres Monochrome Set, ils bricolent des albums géniaux dans leur coin, mais personne ne le sait. L'indie-pop anglaise qui émerge alors a besoin d'une locomotive : ce seront les Smiths.


Comme leurs contemporains des Pale Fountains ou de Orange Juice, les quatre Mancuniens vont faire accomplir un majestueux pas de côté au rock anglais des eighties. Plus question de « Nor Elvis, Beatles or Rolling Stones ! » : les sixties - Byrds, Velvet - et seventies - le glam-rock de Bowie et Bolan - ont à nouveau droit de cité. Mais ces jeunes hommes tout juste sortis de l'adolescence portent quand même en eux l'héritage de l'explosion punk. Comment auraient-ils pu faire autrement : leur leader, Morrissey, a assisté, en même temps que les Buzzcocks et que Ian CurtisBernard Sumner et Peter Hook, futurs Joy Division, à un concert de l'historique Anarchy in the U.K. Tour, des Sex Pistols. C'était le 4 juin 1976, au Lesser Free Hall de Manchester.


   


                         


Ces influences sixties, cet héritage punk, les Smiths vont les digérer pour créer leur style, leur originalité. Oubliés, guitares hurlantes et claviers polaires : Johnny Marr va plutôt chercher ses arpèges enchanteurs de l'autre côté de l'Atlantique, dans les Rickenbacker des Byrds ou les plus belles ballades du Velvet. Le songwriting de Morrissey, lui, même s'il emprunte à l'écriture asexuée de Steve Shelley des Buzzcocks, tranche par rapport à celui de ses glorieux prédécesseurs. Finis la colère brûlante du punk, la rage froide de la new-wave. Place à une description littéraire et sensible d'états d'âme individuels. L'univers du chanteur des Smiths est unique, comme sa voix, si immédiatement reconnaissable. Morrissey parle sans fard de lui-même, de sa « timidité vulgaire jusqu'à en être criminelle » ou de sa sexualité (« Pretty Girls Make Graves »), tout en décochant des flèches empoisonnées à tout va, de la famille (« Barbarism Begins at Home ») à la royauté (« The Queen is Dead ») en passant par l'industrie musicale (« Paint A Vulgar Picture »). S'il écrit surtout sur lui-même, Morrissey n'oublie en effet pas le monde qui l'entoure, et multipliera en interview les déclarations au vitriol contre Margaret Thatcher (« C'est seulement un être humain, et qui peut être détruit »). Mais, même quand il aborde un « grand sujet », comme l'éducation (« The Headmaster Ritual »), il se glisse toujours dans la peau du narrateur, transformant l'intime en politique, ou l'inverse, c'est selon. Il faudra attendre Pulp, pour trouver avec Jarvis Cocker un génie identique : un songwriter capable de donner à des états d'âme individuels une portée universelle. De transformer sa propre difficulté à vivre en celle de toute l'Angleterre.




                            


Fascination pour une Amérique fantasmée depuis Manchester (celle des New York Dolls et de James Dean), oscillation entre intimisme et critique sociale : comme son compatriote mancunien Ian CurtisMorrissey avait créé au sein des Smiths un univers trop personnel et complexe pour ne pas être caricaturé. Cliché facile, déjà appliqué à Joy Division : les Smiths seraient un groupe triste et misérabiliste, à la mélancolie lancinante. Disques d'éternels adolescents, diront les plus sévères. Erreur absolue, qui oublie de voir la vie profonde qui anime les textes de Morrissey, de ses slogans définitifs (« Hang the blessed DJ, because the music that they constantly play, it says nothing to me about my life », sur « Panic ») à ces tranches d'humour typiquement anglais (« From ice-age to the dole-age, there is but one concern, and I have just discovered : some girls are bigger than others », sur « Some Girls Are Bigger Than Others »). Jugement sourd, qui n'entend pas la vie qui grouille dans les parties de guitares de Johnny Marr, dans ces riffs parfaits, de ceux qui rendent une pop song inoubliable dès la première écoute. Des titres comme « This Charming Man », « Girl Afraid », « Nowhere Fast » ou « Bigmouth Strikes Again » en témoignent. Appréciation qui oublie l'essentiel, en ne voyant dans l'?uvre musicale de Morrissey que la copie carbone d'une adolescence isolée et malheureuse (« I had a very bad dream / It lasted 20 years, 7 months and 27 days », sur « Never Had No One Ever »).
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Fort heureusement, en quatre albums fondamentaux et une vingtaine de singles presque sans déchet, les Smiths furent beaucoup plus que ça. Jusqu'à devenir aux années 80 ce que les Kinks de Ray Davies furent aux années 60 : des génies capables de confier leurs états d'âme sur une musique le plus souvent allègre, lumineuse. Cette manière d'extirper de la vie la tristesse la plus noire, les Smiths la résumeront dans les premiers mots d'une de leurs chansons les plus célèbres, « There is a light that never goes out » : «Take me out tonight / when there's music and there's people / who are young and alive». Créer de la beauté sur les ruines du thatchérisme : cette leçon, de nombreux groupes l'ont retenu. Textes, musique, attitude : le nombre de groupes influencés par les Smiths a été considérable. Toute la scène de Manchester, des Stone Roses à Oasis, a reconnu sa dette au groupe de Morrissey. L'indie-pop de la fin des années 1980, de Gene aux Housemartins, leur devait beaucoup. Et il était impossible récemment de ne pas songer aux Smiths en entendant The Libertines citer Oscar Wilde, idole de Morrissey, sur leur récent « Narcissist » (« Wouldn't it be nice to be Dorian Gray everyday ? »).
Dans une interview donnée à Rock'n'folk en 2002, Pete Doherty, leader des mêmes Libertines, avouait d'ailleurs avoir eu envie de faire de la musique en entendant pour la première fois « I started something I couldn't finish », single extrait de Strangeways, Here We Come, disque posthume des Smiths. Ne serait-ce que parce qu'ils ont un jour donné envie à des ados de quinze ans de finir ce qu'ils avaient commencé, les Smiths méritent sans doute l'énorme compliment que leur fit Nick Kent lors de leur séparation : «Dans dix ans, les Smiths seront aussi célèbres que les Beatles le sont aujourd'hui. »

radio                   

                    

Bonus :
"Vous êtes fan des Smiths ? Voilà un enregistrement précoce que vous n'avez sans doute jamais entendu", plaisante Mike Joyce sur son compte Twitter. Le batteur de The Smiths partageait sur le réseau social ces 39 minutes (et neuf morceaux) de répétition ce mardi soir. Une répétition qui a eu lieu en 1983, un an avant le premier disque studio des Mancuniens.
Cette cassette démo The Pablo Cuckoo Tape de The Smiths date de 1983. ©RF

                     

Intitulée The Pablo Cuckoo Tape, cette démo a été simplement "enregistrée sur un magnétophone à cassette qui trainait dans notre salle de répétition", précise Mike Joyce. Le batteur s'amuse mais ignore d'où provient cet enregistrement : "Je pensais être le seul à garder tous ces vieux trucs, apparemment pas."
La cassette avait été originalement enregistrée en prévision du passage en studio du groupe. Ainsi cela permettait au producteur Troy Tate d'avoir quelque chose sur quoi travailler en attendant que les musiciens soient au point. Et finalement c'est un autre producteur – John Porter – qui s'en chargera, mais c'est une autre histoire.