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mercredi 13 septembre 2017

Une partie de campagne

Une partie de campagne fait partie de ces oeuvres dont la genèse est devenue légendaire. Décrite comme idyllique par certains, chaotique par d’autres, l’histoire de ce film et de son tournage diverge selon ses narrateurs. Entre mensonges, affabulations et vérités, il faut donc s’attarder sur les souvenirs de chacun afin d’appréhender au mieux ce treizième métrage de Jean Renoir. En 1933, Pierre Braunberger est en visite à Billancourt. Sur le tournage d’Ademaï aviateur (Jean Tarride, 1933), le producteur croise le regard de Sylvia Bataille et tombe immédiatement sous son charme. Persuadé que la jeune actrice se métamorphosera en étoile du cinéma hexagonal, il la prend sous son aile. La "starlette" tourne alors quelques films produits par Braunberger avant que Renoir la dirige dans Le Crime de Monsieur Lange au début de l’année 1936. Le réalisateur, lui aussi séduit, rêve de lui offrir un premier rôle en costume et imagine une adaptation d’Une partie de campagne, la nouvelle de Maupassant. Quelques semaines plus tard, au cours d’un déjeuner rue de Rome, Renoir fait part de son idée à Bataille et Braunberger. Le repas largement arrosé baigne dans la bonne humeur et le couple, captivé par l’enthousiasme de Renoir, adhère immédiatement au projet.Avant d’en écrire le scénario, il est décidé que le film serait un court métrage. A ce propos, la légende véhiculée par Renoir rapporte qu’il rêvait de ce format court qui s’inscrirait dans un programme en trois films. Mais, tel Howard Hawks outre-Atlantique, le réalisateur fantasmait un épisode de sa carrière dont la réalité était beaucoup plus terre à terre ! Dans son excellent ouvrage consacré à Une partie de campagne.Olivier Curchod nous éclaire sur ce point en rapportant que le contrat de cession des oeuvres de Maupassant indiquait que la nouvelle ferait un "film de première partie" dont le métrage n’excèderait pas les 32 minutes (sous peine de surfacturation).


           


A la lecture du contrat, Renoir et Braunberger - qui avaient en tête un long métrage - ont donc dû revoir leur copie et préparer le court que nous connaissons. Après deux mois d’écriture, Renoir livre une adaptation particulièrement fidèle du roman dont il reprend minutieusement chaque dialogue. Le texte de Maupassant étant assez court, Renoir l’enrichit de situations afin d’en tirer un moyen-métrage et d’y développer sa thématique. Convaincu par la qualité du script, Pierre Braunberger accepte la première version et prépare le tournage qui aura lieu durant l‘été 36. Si l’on s’en tient aux témoignages de Jean Renoir (3), la production dut renoncer à l’idée de tourner sur les bords de Seine jugés trop "industrialisés". Dans un souci d’harmonie avec le décor dépeint par Maupassant, l’équipe s’installe sur les rives du Loing, près du village de Marlotte en Seine-et-Marne. Néanmoins, il serait naïf de croire que la modernisation du paysage de la Seine soit la seule raison de ce "déménagement". Aujourd’hui encore, il paraît aisé de trouver des paysages de Seine "sauvages" où l’on pourrait tourner Une partie de campagne. La vérité se situerait plutôt dans un fantasme de Jean Renoir qui, en tournant au bord du Loing, investit un paysage autrefois parcouru et adoré aux côtés de son père...Le "Patron" (son surnom dans la profession) installe donc son équipe à Marlotte et s’entoure de jeunes assistants au talent prometteur parmi lesquels non des moindres puisque Henri Cartier-Bresson, Jacques Becker ou Luchino Visconti font partie de la joyeuse bande !


                                

Il s’adjoint également les services de son neveu, Claude Renoir, dont c’est le premier film en tant que chef opérateur. Côté distribution, les rôles sont tenus par des comédiens de second ordre dont le talent éclot sous la direction du cinéaste. En tête de ce casting, on trouve évidemment Sylvia Bataille (Henriette), mais également Jacques Brunius (Rodolphe), Georges Darnoux (Henri) avec ses faux airs de Gabin, et d’autres acteurs peu connus comme Jane Marken (Madame Dufour), André Gabriello (Monsieur Dufour), Paul Temps (Anatole) ou le romancier Georges Bataille qui interprète un des séminaristes aux côtés de Henri Cartier-Bresson et Jacques Becker ! La « tournaison », comme aime l’appeler Renoir, démarre le 27 juin 1936 avec un budget réduit (250 000 francs) et un contrat au forfait prévoyant 12 jours de prises de vues. Malheureusement, les conditions météorologiques sont catastrophiques et une pluie incessante retarde les prises de vues définies lors du découpage. Au terme du contrat, Renoir n’a mis en boîte que quelques plans tandis que, sur le plateau, l’ambiance se dégrade peu à peu. Le 15 août, le plan de tournage a largement dérapé et Sylvia Bataille, excédée, pique une colère contre Renoir ; déchiré par le conflit qui oppose ses deux amis, Braunberger ordonne alors de tout arrêter.


                  

Décidé à oublier cette triste Partie de campagne, Jean Renoir noie son désarroi dans un nouveau projet qu’il tourne avec Gabin, Les Bas-fonds. De son côté, Braunberger regrette son coup de gueule et se demande comment sauver le film. Il imagine tout d’abord un long métrage qui intégrerait la Une partie de campagne entre deux épisodes tournés en ville. Il reprend contact avec Renoir et demande à Jacques Prévert de se charger du scénario. Le poète (qui se définit comme un « rempailleur de scénario ») livre une première ébauche de son travail. Mais depuis Le Crime de Monsieur Lange, Renoir n’apprécie guère le poète et voit d’un mauvais oeil son intervention sur ce nouveau projet. Furieux, il refuse le nouveau script et lance à Braunberger : « Tu es vraiment le roi des cons, tu crois qu’après Lange je vais retourner un scénario avec Prévert ? » Rappelons que par la suite les relations entre Prévert et Renoir ne cesseront de se dégrader, le réalisateur allant jusqu’à rebaptiser Le Quai des brumes (Carné / Prévert, 1938) en « Cul des brèmes » et à le qualifier de « film fasciste » ! Renoir ne croit plus à ce treizième métrage et refuse d’en entendre parler. Lorsque la guerre éclate en 1939, il fuit en Italie avant de gagner les Etats-Unis, laissant Braunberger seul avec ses bobines de films non montées et incomplètes.


                   

Dans un entretien télévisé (visible sur le DVD édité par StudioCanal), le producteur raconte comment l’histoire d’Une partie de campagne rebondit vers la fin de la guerre : après avoir entendu des bruit de bottes SS, Braunberger se réfugia sur une île du Lot où il passa la journée dissimulé sous des feuillages. Le cadre bucolique, lui évoquant certainement le tournage à Marlotte, lui donne l’idée d’insérer deux cartons explicatifs au début et à la fin du film afin de palier l’absence de deux séquences clés. Après l’Armistice, les bobines sont confiées à Marguerite Houllé Renoir et à Marinette Cadicqx qui planifient le montage d’après « Tout ce qui avait été décidé 10 ans avant avec Renoir. » Le 18 décembre 1946, le film sort enfin au cinéma Le César à Paris, soit plus de dix années après les premiers tours de manivelle donnés par Jean Renoir...Pendant cette période, la face du monde a profondément changé et, aujourd’hui, il paraît difficile d’appréhender cette oeuvre sans la replacer dans son époque. Ecrite en 1936, alors que le Front Populaire révolutionnait la société française, l’adaptation de Maupassant offre le visage radieux de cette période pleine de promesses. Lorsque la famille Dufour s’installe pour déjeuner sur les bords de Seine, le soleil brille, les oiseaux chantent et les femmes à la mine radieuse sourient tandis que les escarpolettes flottent dans la douceur d’une belle journée d’été.


                  

Les Dufour sont le reflet de cette France qui découvre les congés payés et les sorties à la campagne. On se prend alors à rêver d’une vie moins contraignante où l’homme retrouverait une certaine pureté. Renoir rend parfaitement compte de cette forme d'insouciance dans la première partie du film grâce à des images laissant une grande place à la nature ensoleillée : ces longs plans sur les arbres, ces regards tendres sur la rivière ou ces petits rires incessants composent le paysage idyllique que de nombreux admirateurs du film encensent avec tant de verve. Pourtant, l’oeuvre de Renoir cache une face autrement plus sombre qui résonne comme l’écho des horreurs qui vont bouleverser l’Humanité. Si la famille Dufour vient à la campagne, c’est pour vivre un moment d’innocence et rompre avec les difficultés de la vie parisienne. En dehors de cette parenthèse enchantée sur la Seine, la petite Henriette n’échappera pas à son triste destin : elle finira par épouser cet imbécile d’Anatole et sa rencontre avec Henri restera gravée comme le souvenir nostalgique d’un bonheur éphémère. Un an après leur aventure, elle retourne à Bézons et croise Henri qui, en quelques mots, évoque leur rencontre.


                 

Vêtue d’une robe sombre, symbolisant le deuil de leur amour, elle lui murmure dans un souffle tragique : « J’y pense chaque soir. » Pourtant, Henriette vit désormais avec un homme qu’elle n’aime pas et semble brisée. Comment ne pas voir dans le destin de la petite fille interprétée par Sylvia Bataille celui du "monde" qui bascula de l’innocence et des espoirs suscités par Jean Jaurès ou Rosa Luxembourg vers l’horreur des régimes totalitaires... ?Outre l’écriture du script qui permet cette parabole, on ne peut échapper à la mise en scène de Renoir, elle aussi en totale adéquation avec l’histoire. Au-delà du soleil et des rires, des bons repas largement arrosés, Jean Renoir annonce le drame à venir : il y a d’abord ce regard qu’il pose sur ses personnages, un regard parfois tendre pour Henriette et Henri mais empli de sarcasmes à l’encontre de tous les autres. L’égoïsme de monsieur Dufour, l’idiotie d’Anatole (affublé d’une perruque blonde évoquant les Jeunesses Hitlériennes), la perversité de madame Dufour, sont autant de traits de caractère qui laissent présager un avenir difficile pour Henriette.


                 


Ensuite, Renoir décrit une nature emplie de douceur qu’il mâtine de petits détails infernaux : on apprend notamment que les poissons peuvent dévorer une main, que les chenilles sont urticantes ou encore qu’il faut pêcher avec du fromage moisi ! Derrière la verdure de la forêt et le bleu du ciel se cache un monde de violence et de pourriture absent de la nouvelle de Maupassant. Renoir décrit cette menace tapie dans l’ombre, prête à surgir et à libérer ses forces. L’allégorie avec les évènements qui émaillent l’Europe est évidente : la montée du nazisme en Allemagne, l’antisémitisme qui gangrène l’Europe et la guerre civile en Espagne sont autant de vicissitudes qui imprègnent l’oeuvre de Renoir et qui, quelques années plus tard, précipiteront la destinée du monde. Au fur et à mesure que le récit d’Une partie de campagne avance, cette force malfaisante étend sa présence sur la pellicule du cinéaste : la rivière d’abord ensoleillée et statique finit par être filmée en mouvement, sous la pluie et balayée par le vent. L’heure n’est plus aux sourires béats devant tant de beauté mais aux larmes à venir symbolisées par ce fleuve devenu noir et tumultueux.(http://www.dvdclassik.com/critique/une-partie-de-campagne-renoir)

mardi 12 septembre 2017

Opéra

Après sa période fantastique "Suspiria " "Inferno " Dario Argento revient aux sources du Giallo et réalise un de ses meilleurs films. Certes la trame est classique ,tueurs ganté et cagoulé, meurtres sanglants, intrigue psy à la Hitchcock, mais il le fait avec une telle dextérité dans la réalisation qu'il semble réinventer le genre.On peut comparer la virtuosité d'Opéra aux meilleurs films de Brian de Palma.La fin quoique ambiguë laisse un peu à désirer mais il en va ainsi de quasiment tous les Giallo, mais l'interprétation.la photographie la musique qui alterne opéra et hard rock nous plonge en immersion dans un univers cauchemardesque qui ne nous donne qu'une seule envie revoir le film.Indéniablement le dernier grand film de Dario Argento.S'il n'égale pas ces chefs d'oeuvre comme "Profondo Rosso" ou "Suspiria" il n'en demeure pas moins une belle réussite mêlant habilement terreur et suspense avec la maestria qui le caractérise.Dommage que le film ne soit pas sorti en dvd dans notre pays, un oubli que les éditeurs se doivent de combler.Un sympathique film de Argento, avec de très mouvement de camera: la première scène avec le corbeau, la première et seconde attaque de corbeaux, la scène de la balle dans l'oeil et la fin. Les acteurs jouent juste bien qu'ils aient l'air de pas avoir eu de direction. Il y a aussi du ridicule: les scène de meurtre avec du heavy métal, la poursuite contre la cantatrice, etc.Des films de Dario Argento, ça doit être celui qui a le plus la classe (Dario ne parviendra même pas à l’égaler dans son futur « fantôme de l’opéra »). Les décors sont tout simplement splendides, les personnages sont merveilleusement interprétés, et surtout, Dario nous livre ici les meilleurs meurtres de sa filmographie, où l’héroïne est forcée de contempler chaque meurtre barbare (deux scènes vraiment sadiques et bien mises en scène).


                                       

On retrouve aussi malheureusement quelques scories du ciné italien (le jeu approximatif par moments, les quelques incohérences, sacrifices faits à l’ambiance du film…), mais le film reste de haute tenue tout au long de son histoire (les oiseaux y tenant ici un joli rôle, il est vrai). Malgré une fin évasive, je classe ce film parmi les meilleurs d’Argento (derrière Suspiria et Inferno).Un très bon Argento , bien trop méconnue je pense . Argento retrouve les plans démentiels et autres meurtres baroques qu'il affectionne tant , les décors et les jeu de lumière sont superbes , bon évidement du hard rock sur des meurtres sa fait bizarre mais bon l'expérimentation n'a jamais tué personne , le seul gros défaut que j'ai trouvé est la fin bon c'est une habitude chez Argento mais la cette séquence à la campagne est complètement inutile et me semble en total inadéquation avec ce que j'ai vu précédemment.



Argento a certainement voulu faire une fin spectaculaire avec un retournement de situation final mais la c'est risible , la présumé fin (avant cette séquence ) aurait amplement suffit . Mise a part cette fin décevante Opéra est très bon.Un excellent Argento qui s'éloigne des autres productions qu'il avait pu réaliser dans les années 80. Le scenario est un peu faible, parfois incohérent, mais plus dynamique et porté par la grande mise en scène du maestro. Certaines scènes sont brillantes, les éclairages rappellent ses plus beaux films et la violence s'inscrit dans la tradition du giallo. Inutile de revenir sur la prestation des acteurs, le reste l'emporte largement. Les dix dernières minutes sont malheureusement les plus faibles du film. Qu'importe, ce n'est certainement pas ce qu'Argento a fait de pire loin de là...(Allociné)