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mercredi 23 juillet 2014

Walter Mitty

Avant d’être le dernier Ben Stiller à la mode, The Secret Life of Walter Mitty était originellement une nouvelle de James Thurber, parue en 1941 dans le quotidien The New Yorker. Six après sa publication, cette nouvelle à l’histoire follement originale inspirait une première adaptation sous l’égide de Samuel Goldwyn et signée Norman Z. McLeod, spécialiste de la comédie, derrière notamment pas mal des classiques des Marx Brothers. C’était le polyvalent (ou plutôt poly-talents) Danny Kaye qui endossait le costume de Walter Mitty, brave homme loufoque dont les « rêves éveillés » les déconnectaient régulièrement de la réalité pour lui faire vivre toutes sortes d’aventures imaginaires. La plantureuse Virginia Mayo, le flippant Boris Karloff ou encore la belle Ann Rutherford complétaient la distribution de cette production « comique » inscrite au panthéon des grands chefs d’œuvre du cinéma américain, figurant par exemple dans le top 500 des plus grands films de tous les temps du très sérieux Empire Magazine’s. La sortie de la version 2013 réalisée par Ben Stiller était une bonne occasion de se replonger dans cette version « d’antan »…
La Vie secrète de Walter Mitty est un excellent movie de 1947 emmené avec brio par Danny Kaye. A la fois surréaliste, potache, burlesque et absurde (La similitude avec des aspects de l'oeuvre d’Ionesco à la même époque est flagrante) cette comédie et la galerie de personnages qui l'animent sont d'une actualité saisissante. L'ensemble a très bien vieilli. Il n'y a à mon sens qu'une longueur dans le film : le monologue délirant du professeur de musique (lorsque Mitty se rêve en soldat de l'Armée de l'Air) qui, il faut bien l'avouer, est bien lourdingue. Sinon c'est frais, c'est vivant, c'est joyeux et drôle, ça sent bon les studios hollywoodiens des années 40 aux trottoirs immaculés…Adrien R


   

A part les deux moments où le héros pousse la chansonnette qui apparaissent un peu longuet, "La Vie secrète de Walter Mitty" est un très bon exemple de ce que Hollywood a fait de plus rythmé, de plus drôle et de plus intelligent dans le domaine de la comédie. Il faut bien dire de toute façon que la mise en scène est signé par un vieux routard du genre qui avait déjà dirigé entre autres les Marx Brothers, que le ton très Technicolor de l'engin est agréable pour les mirettes, que l'ensemble donne souvent lieu à des situations délirantes, que les personnages principaux et secondaires sont croustillants, que Virginia Mayo est à croquer dans le rôle de la femme rêvée, et que le Maître de cérémonie acteur principal est en très grande forme. Plus que dans les rêves éveillés qui sont des parodies agréables de tous les genres qu'Hollywood affectionnait, c'est surtout dans le réel en jeune homme timoré et frustré à qui on s'identifie sans mal que Danny Kaye brille et se montre hilarant. Un pur plaisir. Plume231
Si chef d’œuvre la version de 1947 était, alors la question de l’utilité d’un remake se poserait, comme dans la plupart des cas similaires. Sa redécouverte à la lumière du film de Ben Stiller infirme la tendance de pensée selon laquelle les grands classiques devraient être laissés tranquilles dans leur aura lointaine. Non pas que La Vie Secrète de Walter Mitty version 1947 soit mauvaise, loin de là, mais force est de constater qu’il y avait là la place à une nouvelle relecture de cette étonnante et fabuleuse histoire en exploitant toutes les voies laissées de côté par cette version qui se jouait essentiellement sur le terrain de la comédie débridée à l’ancienne.


                               


Mignonne fable doux-dingue et enjouée mêlant ambiance fantastique, esprit surréaliste, comique burlesque, intrigue policière et romance gentiment naïve, La Vie Secrète de Walter Mitty était une plaisante distraction menée tambour battant par un Norman McLeod qui mettait à profit tout son savoir-faire en matière de comique visuel et de vaudeville. L’idée originale de la nouvelle éponyme nourrissait un film un brin farfelu et décalé, porté par un Danny Kaye dans l’un de ses meilleurs rôles avec cet amusant personnage de gaffeur imprévisible déclenchant sans cesse un humour clownesque renvoyant à de nombreuses reprises aux grandes stars du muet tels que Max Linder ou Buster Keaton. Entre ses songes éveillés et la palpitante aventure bien réelle qui va le conduire à devoir se confronter à de dangereux méchants hollandais pour une histoire de carnet noir contenant des informations très précieuses, La Vie Secrète de Walter Mitty proposait une aventure trépidante et pleine de vie, façonnée à la drôlerie permanente renforcée notamment par une délicieuse galerie de personnages secondaires. Gaieté, rythme, situations délirantes, bonne humeur et esprit farceur offraient au film une image agréable et endiablée.


                                


Sauf qu’au-delà du plaisir immédiat de son divertissement rocambolesque, La Vie Secrète de Walter Mitty version 1947 ne menait à pas grand-chose de plus qu’un joyeux et entraînant récit, faute de savoir -ou de vouloir- vraiment transcender son histoire traitée avec gouaille populaire, pour lui conférer une dimension plus élevée que la douce plaisanterie réjouissante. Là où le sujet se prêtait bien à un traitement fin et intelligent avec la possibilité d’un beau récit initiatique, La Vie Secrète de Walter Mitty ne joue pas vraiment la subtilité de ton et recherche essentiellement le comique dans un film typique des grandes comédies de l’époque. Autant de portes fermées qu’il était dès lors possible d’ouvrir. Si l’on ajoute à cela le fait que le film est trop engoncé dans son intrigue policière, qu’il a quand même vieilli (ne soyons pas dogmatiques au point de se cacher une vérité malheureusement bien réelle… Oui, certains anciens films peuvent vieillir, ce sont des choses qui arrivent) et que certains passages s’étirent en longueur, notamment les délirantes mais interminables séquences « musicales » (et ce malgré son illustre moment de bravoure où Kaye parodie avec génie un professeur de musique)… Walter Mitty méritait bien une relecture rafraichie à condition de l’aborder avec respect et malice en lui allant chercher avec intelligence du côté des sentiers encore vierges que son histoire recèle…
Source : http://mondocine.net/la-vie-secrete-de-walter-mitty-de-norman-z-mcleod-import-dvd-critique-aventurecomedie/

lundi 21 juillet 2014

Une arme pour un lâche

Dans le domaine du western américain, le mois de janvier 1957 marque surtout l’apparition de nouveaux réalisateurs qui signent leur première et unique contribution au genre. Après Hall Bartlett et son louable mais raté Drango (Le Pays de la haine), c’est désormais au tour d’Abner Biberman de montrer le bout de son nez. Attention, ne pas confondre avec Herbert Biberman, auteur entre autre du puissant film semi-documentaire Salt of the Earth (Le Sel de la terre) ! Le Biberman qui nous concerne ici fut tout d’abord journaliste puis acteur de théâtre avant d’interpréter d’innombrables seconds rôles au cinéma dont plusieurs bad guys, en commençant par paraître dans le Gunga Din de George Stevens. Peu apprécié sur les tournages en raison de son caractère teigneux, il fut ensuite embauché par le studio Universal afin de former en art dramatique leurs nouvelles recrues. Biberman s’est souvent vanté d’avoir découvert non moins que Marilyn Monroe, Tony Curtis et Rock Hudson sans que cela n’ait jamais vraiment été confirmé (ni infirmé d'ailleurs). Une arme pour un lâche, son sixième film - et l’un des rares à avoir été distribué en salles en France -, rentre dans la catégorie des westerns familiaux à tendance psychologique qui avait commencé à fleurir dès le début de la décennie (comme The Furies d’Anthony Mann, La Lance brisée d’Edward Dmytryk ou encore Le Souffle de la violence de Rudolph Maté). La différence est qu’ici l’accent est principalement mis sur les plus jeunes, ces derniers étant très en vogue ces deux dernières années à Hollywood, avec notamment l’arrivée de James Dean qui aurait dû d’ailleurs tenir le rôle de Bless, repris après son décès par Jeffrey Hunter ("prêté" par la Fox), le scénario étant passé des mains de la Warner dans celles d'Universal. Après le tout récent Collines brûlantes réalisé par Stuart Heisler avec Natalie Wood et Tab Hunter, la jeunesse est à nouveau mise en avant dans ce Gun for a Coward.



   


Trois frères aux caractères et tempéraments fort différents ; une mère qui a sa préférence pour un de ses fils ; une jeune femme convoitée par deux des frères. Rien qu'avec ces éléments, le scénariste avait de quoi nous proposer un mélodrame familial captivant. Et l'on peut dire que R. Wright Campbell (le frère de l'acteur William Campbell, le jeune partenaire de Kirk Douglas dans L'Homme qui n'a pas d'étoile de King Vidor) n'est pas passé loin. Son histoire est d'ailleurs ce qui s'avère le plus réussi dans ce western avec également le choix du casting. Les personnages inventés par l'auteur se trouvent être en effet personnifiés par d'excellents comédiens qui savent les rendre vivants et attachants. Passons-les rapidement en revue ! L'aîné, c'est Will qui, suite au décès de son père, s'est substitué à lui, se sacrifiant pour la bonne marche de son ranch. Droit, noble, dur à la tâche, courageux, il n'a pas le temps de s'occuper d'autre chose que de la bonne marche de son domaine, reculant sans cesse la date de son mariage, ne prenant pas le temps de s'occuper des problèmes strictement familiaux. Trouvant Bless moyennement efficace, il ira reprocher à sa mère de l'avoir surprotégé, l'ayant ainsi rendu faible. Celle-ci se défendra en disant que comme son mari lui avait "volé" son aîné en l'élevant à la dure comme il le souhaitait, elle a voulu s'accaparer son deuxième fils pour en faire un garçon comme elle avait rêvé d'en avoir, plus doux et plus cultivé - cette situation nous fait un peu penser au futur très beau mélodrame de Vincente Minnelli, Celui par qui le scandale arrive (Home from the Hill). 


                         



 Bless justement, un jeune homme calme, abhorrant l'utilisation des armes ainsi que la violence, et pour cette raison considéré comme un couard. Il dira ne pas se sentir à sa place dans ce monde de rudesse et de virilité. Il aurait été prêt à suivre sa mère dans l'Est s'il n'était pas tombé amoureux à ce moment-là... de la fiancée de son frère. Enfin, Harry (surnommé Hade), le cadet, jeune tête brulée intrépide faisant risquer le danger à lui comme aux autres par trop d’impulsivité, mais néanmoins pas un mauvais bougre. Il regrette surtout que l'on ne se soit pas assez occupé de lui, ses parents l'ayant laissé livré à lui-même puisque chacun d'eux avait déjà porté leur dévolu sur les deux aînés. Alors qu'il se sentait probablement mal-aimé, son réflexe défensif a été de devenir rebelle, emporté et parfois violent. C'est surtout par lui que les drames arriveront. Les interprètes de cette fratrie sont par ordre décroissant d'âge Fred MacMurray, Jeffrey Hunter et Dean Stockwell. Le premier, outre ses rôles mémorables dans Assurance sur la mort (Double Indemnity) ou La Garçonnière (The Apartment), tous deux signés Billy Wilder, est apparu dans une dizaine de westerns. Il est parfait ici dans la peau du grand frère honnête et courageux, seul capable de canaliser le tempérament de feu de son cadet. Ce dernier, c'est Dean Stockwell, l'un des plus talentueux enfants/acteurs qui ait jamais tourné à Hollywood, celui du Garçon aux cheveux verts de Joseph Losey ou de The Happy Years de William Wellman. Il aurait été facile pour lui d'en faire des tonnes dans le rôle d'un jeune adolescent bouillonant et spontané, ne réfléchissant guère avant d'agir, obéissant avant tout à son instinct. Il n'en est rien et l'acteur prouve qu'en grandissant, il n'a rien perdu de son brio. Mais celui qui porte le film sur ses épaules, c'est Jeffrey Hunter. 


                                


A croire que lorsqu'il fait partie de la distribution d'un western, nous sommes quasiment assurés que celui-ci sera de bonne qualité. Pour s'en assurer, il suffit que je vous cite les titres des précédents films du genre dans lesquels il est apparu en tête d'affiche aux côtés de stars confirmées comme Robert Wagner, John Wayne ou Robert Ryan : ce seront donc respectivement Plume blanche (White Feather) de Robert D. Webb, La Prisonnière du désert (The Searchers) de John Ford ou encore Le Shérif (The Proud Ones) à nouveau de Robert D. Webb. D'ailleurs, niveau psychologie et thèmes de réflexion, le western d'Abner Biberman pourrait se rapprocher de ce dernier (sans néanmoins lui arriver à la cheville, soyons clairs). Quoi qu'il en soit, Jeffrey Hunter se révèle ici à nouveau un très bon acteur dramatique, nous faisant partager avec conviction ses aspirations, ses doutes et la tendresse de ses sentiments. Il ne faudrait cependant pas non plus oublier un quatrième larron qui, mine de rien, les ayant tous connus dès leur plus jeune âge, veille en fait sur eux trois : le régisseur du ranch interprété à merveille par un Chill Wills qui aura rarement été aussi attachant.


               


Si l'on aborde à leur tour les personnages féminins, nous avons donc tout d'abord la mère qui a toujours regretté que son aîné lui ait échappé - chapeauté par son père qui tenait à en faire un "homme" - et qui a reporté toute son excessive affection sur son deuxième fils. Comprenant qu'il ne la suivra finalement jamais dans l'Est où elle avait la ferme intention de s'exiler avec lui, sachant qu'elle n'arrivera jamais à l'extraire de ce monde honni dans lequel elle ne s'est jamais non plus sentie à son aise, elle se résigne néanmoins à rester pour continuer à vivre auprès de lui. « Je n'avais que toi à aimer toutes ces années » lui avouera-t-elle. Mais, continuant à être malheureuse au sein de cette vie menée au ranch, incapable de prendre quelque décision que ce soit, elle décèdera peu après. La séquence de sa mort auprès de Will est d'ailleurs très émouvante puisqu'elle ne se sent pas la force d'attendre que son fils adoré vienne lui faire ses adieux avant de rendre son dernier souffle ; elle demandera à son aîné de lui rapporter les efforts consentis pour y arriver. Josephine Hutchinson est très convaincante, tout comme la charmante Janice Rule dans la peau de la fiancée de Fred MacMurray, plus attirée par le plus jeune Jeffrey Hunter dont, au contraire de la majorité, elle apprécie qu'il n'aime ni la bagarre ni le danger et qu'il soit sensible. Les deux jeunes comédiens se verront attribuer quelques séquences pleines de tendresse comme celle qui précède le départ du convoi de bétail lors d'une soirée organisée pour l'occasion : une très belle scène nocturne au sein d'un cimetière.
Suite et source : http://www.dvdclassik.com/critique/une-arme-pour-un-lache-biberman