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jeudi 23 novembre 2017

Les Vikings


En 1955, Kirk Douglas crée Bryna Production. Il commence par produire The Indian Fighter (La rivière de nos amours), mais ce film ne connaît pas le succès escompté. Le futur interprète de Spartacus cherche alors un sujet populaire et s’intéresse au roman d’ Edison Marshall : The Vikings. Le projet tombe rapidement dans les mains de Richard Fleischer. Le réalisateur de 20 000 lieues sous les mers (déjà avec Douglas) y voit un matériau idéal pour exprimer son savoir faire. Il se lance alors avec passion dans cette aventure et démarre une étude minutieuse des mœurs Vikings. Aucun détail ne lui échappe : les costumes, les décors ou même le choix des chevaux sont totalement fidèles à la réalité historique. A ce soin du détail, Fleischer associe son sens inné du cadrage.Utilisant pour la seconde fois le format "Technirama", il compose des plans d’une grande beauté picturale. A titre d’exemple, les premières images du drakkar sur fond de montagnes enneigées sont d’une splendeur rarement atteinte sur grand écran . Fleischer est également l’un des premiers cinéastes à donner tant d’importance à la profondeur de champ sur le format 2.35. L’attaque du château Anglais le montre avec clarté : les comédiens principaux occupent le premier plan tandis qu’une quantité incroyable de figurants combattent sur un arrière plan très profond permettant même d’admirer les vagues de la mer du nord !! Cependant il serait stupide de parler de réussite visuelle sans évoquer la participation de Jack Cardiff. Le directeur photo de La comtesse aux pieds nus, African queen ou Red Shoes, rejoint lui aussi l’équipe. Son travail sur les scènes d’intérieurs est remarquable : sur certaines séquences, les couleurs chaudes et rougeoyantes plongent le public dans le délire festif des Vikings !! Les décors norvégiens sont quant à eux photographiés avec naturel et le spectateur reste émerveillé devant tant de beauté visuelle.Mais ces aspects techniques ne suffisent pas à faire de ce film un succès et Bryna production doit offrir au public un casting de rêve.



   



Kirk Douglas habitué à interpréter les premiers rôles s’empare du personnage de Einar. Sa présence, son physique d’athlète et son visage balafré en font un guerrier charismatique. Tony Curtis et sa jeune épouse Janet Leigh se joignent également à l’aventure. Cette dernière interprète une princesse pleine de caractère tandis que son compagnon joue Eric, le bâtard de Ragnar. Mais il faut bien avouer que Curtis détonne un peu dans le village Viking ! Son visage poupin et sa démarche élégante n’en font pas un sauvage bien convaincant… Douglas ne s’en souci guère et donne de la crédibilité à sa distribution en imposant Ernest Borgnine comme figure paternelle des hordes nordistes. Son rire tonitruant, son physique sauvage et sa joie de vivre qu’on devine naturelle en font un roi attachant et à l’allure authentique. Enfin, la voix off qui entame le récit, bien que n’étant pas créditée au générique, n’est autre que celle d’Orson Welles !A défaut de révolutionner la théorie cinématographique comme le fit ce dernier avec Citizen Kane, The Vikings n’en est pas moins un film dont la forme est admirable. Lorsque sa bande-annonce envahit les écrans américains au printemps 1958, la MGM promet un spectacle épique. La mission de Fleischer, Douglas et de toute l’équipe réunie autour du projet est amplement réussie, le succès sera au rendez-vous. Aujourd’hui encore, les grands enfants que nous sommes restent rêveurs devant cette aventure. Et lorsque le générique tombe, l’envie nous démange de hurler le légendaire : " OODINNNNN !!! ".(http://www.dvdclassik.com/critique/les-vikings-fleischer)


                 

Ils n'étaient pas si nombreux, en ces années 1950, à pouvoir diriger des machines démesurées comme Les Vikings. Richard Fleischer, jadis faiseur de petits polars à la RKO, était de cette trempe, modelant avec autorité l'espace colossal des écrans Scope, dirigeant une armée de techniciens, des hordes de figurants, mais aussi des stars toutes-puissantes devant lesquelles il avait la malice de s'éclipser, préférant une réputation d'artisan docile à celle d'auteur. Les Vikings (mais aussi 20 000 Lieues sous les mers ou Barabbas) reste pourtant l'un des témoignages les plus flamboyants de ce que les studios américains pouvaient alors produire. Kirk Douglas, également producteur, y campe un impétueux prince nordique, amoureux de sa belle captive qui, elle, en pince pour un esclave aux yeux clairs. Sans le savoir, les deux hommes ont le même père (Ernest Borgnine, d'une sauvagerie lubrique indépassable), et la lutte fratricide prend des allures de tragédie classique en Technicolor. Batailles féroces, reconstitution grandeur nature d'un pittoresque village barbare, drakkar en flammes, combats singuliers, tout l'arsenal du grand spectacle y passe. Le charme de cette fresque aux somptueux décors naturels résiste à peu près à tout : aux films contemporains gavés d'effets spéciaux, au format télévision et, bien sûr, au temps... — Bruno Icher

mardi 21 novembre 2017

Le Visiteur

Le Visiteur est un film français réalisé par Jean Dréville, sorti en 1946.Louberger, un vieil original, dirige un orphelinat de campagne, quand débarque à l'improviste un visiteur inattendu : c’est Sauval, un ancien élève qui est maintenant un avocat parisien réputé et le bienfaiteur de la maison. Le pensionnat est sens dessus dessous car le vieux directeur a su inspirer aux enfants respect et vénération à l'égard de Sauval, mais celui-ci n'a pas la conscience tranquille... Ambiance Les Disparus de Saint-Agil (Christian-Jaque). Pierre Fresnay - les mains encore rouges sang - se planque dans un pensionnat pour mômes avant que l'un d'entre eux ne lui casse les... cause des malheurs. Question ambiguïté on repassera, Jean Dréville étant du genre à renouer sa cravate devant les producteurs (et sort de l'horripilante Cage aux rossignols), il faut plus s'attendre à une charge de violons sur les gros plans des gosses. Mais Fresnay dans son jeu (comme d'hab) tremblotant comme l'argument du film - le crime s'invite dans une communauté qui idolâtre son instigateur - donnent du poids au film. Pour le reste, c'est convenable mais trop lisse pour être marquant (on est en 1946 et tout va bien Madame la Marquise).Un avocat en fuite trouve refuge dans l'orphelinat qu'il finance et se confronte à sa légende. Un petit film classique d'après guerre ça joue bien et il n'y pas le coté artificiel d' une école d'époque reconstituée dans un film moderne.Contexte immédiat: la Cage aux Rossignols de Dréville en 1944 était une superproduction dans les années d'occupation. Elle mettait en vedette la chorale des garçons "Les Petits Chanteurs à La Croix de Bois" qui jouait dans un pensionnat. C'était un énorme succès. il y a quelques années comme "les Choristes". "Le Visiteur" présente encore "Les Petits Chanteurs ...".



 

Ils sont castés comme pensionnaires d'un orphelinat. "Le Cage aux Rossignols" est une méditation sombre sur les héros et les méchants, sur les illusions perdues de l'enfance, ce sont les films les plus satisfaisants de Jean Dreville, et celui de Pierre Fresnay injustement. pièces oubliées. Vers minuit à l'orphelinat ... Dans les couloirs de la maison, dans la nuit la plus sombre, monte un homme.Dréville, dès le début de son histoire, crée une mystérieuse atmosphère envoûtante. Qui est cet homme? Pour le directeur, c'est la seconde venue! Le messie! Il lui avait toujours dit qu'il reviendrait un jour. Il était la fierté de l'orphelinat, un ancien élève devenu célèbre avocat. Il est un Dieu, pas moins ... Il y a dans la maison un lieu qui lui est dédié, avec ses photos, ses fleurs, ses décorations ... On dirait un oratoire! Mais le héros n'est pas celui que vous pensez être, la Police est sur ses talons, et il cherche un refuge. Le scénario de Jean-Bernard Luc évite tous les pièges (pas de scènes d'amour: la seule femme qui apparaît pour un cinq - la scène minutieuse est une garce et un informateur, pas une issue facile: pas de fausse couche de justice, pas de mauvais tour d'homme) et est aussi exigeant qu'un bon film noir devrait l'être.





Pour le directeur, il serait terrible, impensable de dire à ses élèves que l'homme qu'ils admirent est un criminel: «Je vous laisse la légende», dit Pierre Fresnay avant le début de sa nuit.Ces enfants, qui vivent dans un conte de fées, qui devient un thriller dans lequel ils sont impliqués, ces enfants qui n'ont pas de pères à admirer ont désespérément besoin d'un modèle. La scène dans le train à Paris est révélatrice. Ils donneraient tout pour monter ce train avec leur hero.And quand les flics le captureraient, ils Aidez-le à s'échapper. Sauval (vérifiez le nom: il ressemble au verbe français "sauver") n'est pas devenu un criminel du jour au lendemain.Il en a toujours été un. Pour gravir les échelons de l'échelon social, il a dû pousser les autres hors de son chemin Il n'était pas un avocat qui, comme un chevalier de l'âge moyen, protégeait les veuves et les orphelins. Même les enfants étaient ses victimes. Et même l'argent qu'il envoyait à sa vieille école était de l'argent sale ... Mais lui et le directeur arrangera les choses pour que personne parmi les enfants ne puisse entendre la terrible vérité. Un des pensionnaires, plus mûr, connaît plus de choses que ses copains. Un coup sublime montre le jeune adolescent qui regarde un oiseau dans une cage, puis verse une larme. Peut-être, lui aussi, prétendra que la légende est intacte. Il en a besoin. La chorale des garçons chante deux chansons folkloriques françaises "A la Claire Fontaine" et "Trois Jeunes Tambours" et la version française de "Auld Lang Syne" comme une finale émouvante.(https://www.senscritique.com/film/Le_visiteur/11308971)