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mardi 29 juillet 2014

Terence Fisher

TERENCE FISHER et la compagnie de production Hammer Films, sont indissociables. Ils ont bien profité l'un de l'autre, combinant l'argent de la compagnie et le talent du metteur en scène pour le renouveau d'un genre tombé depuis 20 ans en désuétude, le cinéma fantastique, à partir de 1955 commencera la période la plus faste du cinéma de genre brittanique, la période dite des "Horror Films". Voyons comment son chef de file en est arrivé là.
Terence Fisher est né le 23 février 1904 à Maida Vale, il perd son père très tôt et voit son éducation prise en charge par ses grands-parents et sa mère. Une éducation qui sera forcément anglaise classique, ses grands-parents étant issus de l'ère Victorienne. Il est donc envoyé dans une école militaire. Á l'âge de 16 ans il termine ses études et est embarqué, à la demande de sa mère, sur le Conway, pour y faire ses classes maritimes. Il naviguera jusqu'à obtenir le grade de second maître, pendant un peu plus de cinq ans.
Il a environ 23 ans quand il décide de changer de vie, il a déjà beaucoup voyagé, la passion des mers et des océans ne l'a jamais vraiment gagné, il met définitivement pied à terre. Là, il cherche du travail, il se contentera pendant 6 ans d'être apprenti marchand de tissus. Au début des années 30, la dépression fait rage, il y a peu de distractions. Terence Fisher se passionne alors pour le cinéma, et plus particulièrement pour ses aspects techniques. Il veut devenir monteur.
1951, peut-être l'année la plus importante pour Fisher, un certain William Hinds (qui jouait au théâtre dans les années 30 sous le pseudo de Will Hammer, yek yek) embauche Terence Fisher au sein d'une compagnie renaissante, la Hammer Films.
On prend (presque) les mêmes et on recommence ! Et oui, à l'exception de Christopher Lee, le générique présente les mêmes noms que les deux précédents succès de la Hammer, FRANKENSTEIN S'EST ÉCHAPPÉ et LE CAUCHEMAR DE DRACULA. On y retrouve donc Terence Fisher aux commandes, Jimmy Sangster à l'écriture et Peter Cushing dans le rôle principal. Mais l'absence de Christopher Lee ou, du moins, l'absence d'une réelle Créature, aura une influence défavorable sur le succès populaire du film...



   

LA REVANCHE DE FRANKENSTEIN est une digne suite à FRANKENSTEIN S'EST ÉCHAPPÉ. Même si le film a été boudé par le public, il a d'énormes qualités. L'absence de réelle Créature n'enlève rien à son impact, au contraire ! En effet, toute l'histoire est ainsi recentrée sur le véritable monstre : le Baron Victor Frankenstein. Peter Cushing apporte d'ailleurs une nouvelle dimension à ce personnage, qui en devient encore plus terrifiant. En outre, le rôle de Karl, qui se substitue à la Créature, donne une perspective dramatique inédite au film et permet de soulever plus ouvertement des questions de fond. Moins spectaculaire et moins envoûtant que son prédécesseur, LA REVANCHE DE FRANKENSTEIN est peut-être au final un film plus intéressant...Francis Trento


                              


Historiquement la Hammer a été créée au milieu des années 30 par William Hinds et Enrique Carreras, pour vous donner une idée de ce que les producteurs connaissent du cinéma, il faut savoir que Hinds était propriétaire de nombreuses bijouteries (sans être bijoutier) et Carreras (bon, là ça passe encore) directeur de salles de cinéma. La Hammer produira quelques films jusqu'à la guerre, le seul, a priori intéressant, à pour titre "The Mystery of the Mary Celeste" avec Bela Lugosi. Un film fantastique plutôt réussi d'ailleurs. Á cause de la guerre la Hammer ferme ses portes, elles ne réouvriront qu'en 1948 pour produire des séries B (vraiment fauchées) policières sans grand intérêt. La Hammer avait pour particularité de travailler en collaboration avec des producteurs et distributeurs de séries B américaines avec lesquels ils échangeaient la distribution des films. Il faudra cinq ans et une quinzaine de films ensemble, pour que Terence Fisher et la Hammer trouvent leur voie, réinventent le genre fantastique. Les films de Fisher, durant cette première période sont très rares et le peu de critiques que l'on peu lire à leur sujet laisse un peu dubitatif sur leur qualité. Essayons quand même d'y voir un peu plus clair.


                


Des débuts difficiles, c'est le moins qu'on puisse dire. Son premier film pour la Hammer a pour titre "The Last Page" (sorti aux États-Unis sous le titre "Man Bait"), le scénario de Frederick Knott ("Dial M for Murder", tout de même) est tiré d'une pièce de James Hadley Chase, que du bon a priori. Mais le résultat est convenable, sans plus, sans surprise. Mais il reste tout de même beaucoup plus jouissif que son film suivant, tourné la même année, "Wings of Danger" (retitré aux États-Unis "Dead on Course"), malgré un scénario de John Gilling, l'intrigue reste au ras des paquerettes, l'interprétation est innexistante, et la mise en scène ne s'élève que très rarement au dessus d'un épisode de mauvaise série télé, vous n'êtes vraiment pas obligés de courir après ce film. Toujours la même année (oui, on tourne beaucoup et vite à cette époque), Fisher réalise son premier film Hammer vraiment intéressant et franchement travaillé, "A Stolen Face". 
Avant d’entamer une oeuvre comme Les vierges de Satan, il est bon de s’assurer que le titre original en est bien l’équivalent français. En effet, nombre de distributeurs aiment intercaler le mot « vierge » dans le titre, histoire d’attirer curieux et pervers érudis. Après Christina, princesse de l’érotisme, le film de Jess Franco transformé en Une vierge chez les morts-vivants, Les vierges de Satan paraît donc être la nouvelle supercherie des distributeurs. Le titre original, The Devil’s Bride, vient en effet démentir la présence de quelque pucelle dans l’oeuvre et, mieux, résume à merveille le synopsis du film. Le duc de Richleau s’oppose à une secte satanique qui veut sacrifier sa nièce mais celle-ci entretient une liaison télépathique avec le chef de la secte mais aussi avec le Diable en personne. Ce scénario, tout droit tiré d’un roman de Dennis Wheatley (Le peuple des abîmes), a été adapté pour l’occasion par le grand, l’immense, Richard Matheson (Le survivant, Je suis une légende). Avec aux commandes un Terence Fisher, qui, deux ans plus tôt, avait éclaboussé le monde entier avec son chef-d’oeuvre Dracula, Prince des ténèbres, l’oeuvre promettait d’être un véritable régal.



   

Comme de fait, les premiers instants de l’aventure enchantent véritablement la pellicule après un générique, constitué des différents signes astrologiques, qui restera dans les annales. A grands coups d’une bande originale suscitant le mystère, Fisher étale la profondeur d’une oeuvre couchée sur le papier par Weathley et travaillée par Matheson. Le propos est clair et étalé en long et en large durant une première demi-heure qui, même si elle manque de rythme, offre un véritable feu d’artifice documenté. Après une séquence d’auto-strangulation d’une efficacité extrême et une scène de bagarre bien ancrée dans son temps qui rappelle les premiers James Bond, le film entre de plein pied dans l’aventure proprement dite, c’est-à-dire le sauvetage d’une nièce peut-être déjà perdue.
S’enchaînent alors des moments de grand trouble où Fisher installe petit à petit une ambiance cauchemardesque tout en déclinant toujours plus le thème des sectes et de leurs traditions. Malgré un aspect assez répétitif (le nombre de séances d’hypnose est presque incalculable) et une lenteur toujours présente, le cinéaste parvient à tirer le meilleur parti des éléments qu’il s’est échiné à mettre en place : les héros se retrouvent acculés, pris au piège d’une force maléfique venue chercher son dû. 


                


Cette ambiance oppressante à la limite du traumatisme, vient quelque peu rehausser la tension de l’oeuvre jusqu’à un dénouement assez décevant. Alors que Fisher avait privilégié une vision sombre et négative durant tout le film, il offre un happy end aussi long qu’ennuyeux, y allant à gros coups d’explications abracadabrantes.
Un effort notable a porté sur le casting, on y retrouvePaul Henreid et Lizbeth Scott, l'histoire est plutôt intéressante. Un médecin spécialisé en chirurgie plastique est persuadé que la beauté et/ou la laideur physique d'une femme peuvent influer sur un comportement criminel, une idée à la con, certes, mais un point de départ assez amusant pour le scénario. Bien sur, à l'instar des scientifiques très à la mode de cette époque, le Dr. Philip Ritter est sur d'avoir raison et cherche à prouver sa théorie en dépassant allègrement les limites définies par un certain serment propre aux médecins. 


                


Je ne vous en dis pas plus afin de ne pas vous gacher le plaisir si vous avez l'occasion de le voir. Fisher y utilise avec beaucoup d'intelligence et de brio le principe du montage parallèle (nottament dans la scène du compartiment dans le train), il commence à developper ses propres obsessions sur le thème du bien contre le mal, et aussi nous fait assister de près à des opérations chirurgicales (images assez fréquentes dans les films de l'époque) sans jamais tomber dans le racoleur mais en jouant sur l'aspect mystérieux, sur le fait de se retrouver à la merci du chirurgien. Le film comporte néanmoins quelques longueurs, à cause d'une amourette sur laquelle le scénario insiste parfois lourdement.
Vous le croierez ou pas mais Fisher réalise un quatrième film en 1951, une commande pour Meridian, dont je ne sais strictement rien sinon que sa réputation est catastrophique. Je n'ai pas vu non plus "Mantrap" ("Woman in Hiding" aux Etats-Unis), polar jugé assez conventionnel dans les quelques articles que j'ai pu lire à son sujet. Ce qui fait de 1952 une année assez importante, c'est plutôt la réalisation de deux films fantastiques, dont l'un, aux portes de la science fiction. Source : http://www.cinemafantastique.net/Vierges-de-Satan-Les.html

Le cerveau d'acier

Durant la Seconde Guerre Mondiale, Dennis Feltham Jones est officier britannique et c’est là où il trouvera le nom de Colossus. En effet, durant la guerre, les services de renseignements anglais utilisent une machine de déchiffrement nommée Colossus. Evidemment, cet ordinateur est bien loin de ressembler à la machine qu’il va dépeindre dans son premier ouvrage qui sera publié en 1966. A partir de ce premier livre, l’auteur va se consacrer à la littérature de science-fiction. Bien que Dennis Feltham Jones écrira d’autres livres par la suite, Colossus restera l’un de ses ouvrages les plus connus. L’écrivain lui donnera d’ailleurs deux suites au milieu des années 70 avec The Fall of Colossus et Colossus and the Crab. Mais avant d’en arriver à ses prolongements sur papier, le livre va être adapté au cinéma par l’entremise de la Universal.
Petite production pour la Universal, COLOSSUS : THE FORBIN PROJECT échoue dans les mains d’un réalisateur déjà bien rodé par le tournage de nombreux épisodes de séries télévisées. Pour son deuxième long métrage à destination du cinéma, il se trouve face à un problème plutôt complexe. L’histoire se déroule dans un nombre restreint de lieux et l’interaction se réduit souvent au dialogue entre des êtres humains et un ordinateur. Le défi est de taille mais le cinéaste va le relever avec un véritable talent. Il va ainsi dynamiser les séquences statiques en leur donnant du mouvement. Tout en restant classique, et donc sans adopter une démarche prétentieuse, il va sans cesse changer les points de vue, déplacer ses personnages de manière à optimiser au mieux tous les recoins du décor. Evidemment, ces recettes sont celles d’un talentueux réalisateur de télévision. Exploiter au mieux les maigres ressources mises en œuvre de façon à donner le spectacle le plus divertissant aux spectateurs. Télévision ou cinéma, peu importe, Joseph Sargent exploite son talent de la mise en scène et de l’image.




Cet effet, il va expérimenter avec une certaine jubilation plusieurs idées visuelles avec COLOSSUS : THE FORBIN PROJECT. Parmi celle-ci, on pourra évoquer une ligne de dialogue qui commence lors d’une réunion d’état major dans un avion en plein vol et qui se termine, de façon naturelle, entre un homme et une femme nus dans un lit. De même, le réalisateur va jouer avec les écrans. Car Le cerveau d'acier est un film où les écrans de communication, d’ordinateur ou de télévision sont assez omniprésents. Il n’est pas rare que deux lieux, remplis de figurants, se retrouvent liés par un dialogue via des écrans interposés. Par souci de réalisme pour le jeu des acteurs, le cinéaste s’était arrangé pour mettre en scène en direct les deux versants de la discussion sur des plateaux différents. Enfin, pour terminer de dynamiser son récit, le réalisateur va prendre le contre-pied de son sujet en adoptant sur la majeure partie du film un ton décontracté. Sensible, particulièrement sur les excellents morceaux musicaux de Michel Colombier qui viennent ponctuer, le plus souvent, non pas l’action mais plutôt les attentes ou les latences de l’informatique. Car, en dehors de ces moments, la musique est souvent absente ou bien moins proéminente.


                                           


Autre point de décontraction, le personnage principal n’est pas un vieux scientifique emmerdant qui tombe en dépression face à la catastrophe qu’il vient lui-même d’amorcer. L’interprétation de Eric Braeden est particulièrement réussie. L’acteur transmet la fascination du créateur pour sa machine intelligente ou encore sa fierté en tant que paternel d’un tel système. Car il est impossible d’oublier que si le personnage est le héros, c’est aussi un peu le fossoyeur de l’humanité. Avec cette évidence en tête, il continue pourtant tout du long à s’émerveiller des possibilités insoupçonnées de sa création tout en adoptant un optimisme sans faille. Cette vision du personnage assez surprenante donne un reflet particulièrement subtil à l’histoire tout en lui donnant une légèreté qui sera mise à mal à plusieurs reprises lorsque des missiles nucléaires viennent à jouer un rôle plus actif que dissuasif. Réalisé en pleine guerre froide, le film n’ignore pas les relations Est-Ouest ce qui l’amène à exposer des thèmes très proches de POINT LIMITE réalisé par Sydney Lumet quelques années auparavant. Mais l’ambiance n’a pas grand chose à voir et le film de Joseph Sargent ne se place pas non plus sur le même registre que le DR FOLAMOUR de Stanley Kubrick. Il est, à vrai dire, très difficile de cerner COLOSSUS : THE FORBIN PROJECT car le film s’avère assez atypique dans son genre et anticipe, en plus, des problèmes liés à l’informatique à une époque où les ordinateurs sont aussi gros qu’une maison !


                                  

La plupart des films évoquant les ordinateurs et l’intelligence artificielle vieillissent terriblement mal ! La technologie évolue a une vitesse incroyable et COLOSSUS : THE FORBIN PROJECT se trouve confronté à cet inévitable problème près de quarante ans après sa réalisation. Pourtant, le film tire son épingle du jeu car le fond de l’histoire évoque des concepts qui n’ont rien de banals sur les écrans de cinéma à l’époque. Outre une réflexion sur l’intelligence artificielle et son envie de reproduction, le film en arrive à nous montrer une vie sous haute surveillance ou l’informatique est omniprésente. L’occasion de mettre à l’écran un poil d’érotisme surréaliste face à des yeux électroniques. Pour le spectateur des années 70, ce sont des dérives alors que pour les êtres humains du XXIème siècle, nous ne sommes pas si éloignés que cela d’une telle réalité où la technologie piste les individus. COLOSSUS : THE FORBIN PROJECT s’avère plutôt passionnant à décortiquer tout en restant une œuvre bougrement sympathique. Mais, lors de sa sortie aux Etats-Unis, Universal n’y croit pas vraiment et, à vrai dire, le studio ne sait pas comment commercialiser le film. Il ne va donc pas rencontrer son public. Il en sera de même en France où le film sera distribué sous le titre LE CERVEAU D’ACIER


                               

Même si, aujourd’hui, le film est peu connu, il aura tout de même une influence. Ainsi, James Cameron y trouvera quelques bonnes idées, entre autres sources, pour assembler ses TERMINATOR. Il est aussi difficile de ne pas citer le WARGAMES de John Badham même si le film s’écarte, tout en restant très proche, du film de Joseph Sargent.
Malheureusement, si le film n’a pas eu de succès, cela va poser quelques soucis à Eric Braeden. Pourtant, l’acteur est heureux lorsqu’on lui propose le premier rôle. Mais sa joie est de courte durée puisqu’on lui demande de changer de nom pour participer à l’entreprise. D’origine allemande, Hans Gudegast tourne pourtant déjà depuis plusieurs années aux Etats-Unis. Ne voulant pas laisser passer sa chance, il accepte donc de devenir Eric Braeden (du nom de son village natal). Hélas, suite à COLOSSUS : THE FORBIN PROJECT, Universal est sensé lui proposer deux autres projets de films qui tardent à venir. Tellement que l’acteur est obligé de retourner jouer les seconds rôles à la télévision pour subvenir aux besoins de sa famille. Il jouera toutefois le rôle du méchant scientifique des EVADES DE LA PLANETE DES SINGES mais sa carrière se fera alors principalement à la télévision. Amer, le comédien trouvera une sorte de thérapie en jouant dans une équipe de football (européen) qui remportera un championnat aux Etats-Unis durant les années 70. Une thérapie sportive contre le système hollywoodien dans lequel il évolue encore aujourd'hui ! De son côté, Joseph Sargent tournera du film de guerre ou encore un excellent polar avec LES PIRATES DU METRO. S’il flirtera à plusieurs reprises avec le fantastique par la suite, on peut difficilement voir EN PLEIN CAUCHEMAR ou LES DENTS DE LA MER 4 comme des œuvres aussi réussies que son COLOSSUS : THE FORBIN PROJECT.