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mercredi 16 avril 2014

Jazz et Cinéma (bis)

Le jazz a souvent constitué la parfaite bande-son de longs métrages, cette petite musique qui fait plus que simplement accompagner les images. Pour preuve, cette compilation donne à entendre des titres qui ont depuis longtemps gagné leur visa d'exploitation, au-delà du film qu'elles étaient censées illustrer. L'exemple de Miles pour "Ascenseur pour l'échafaud" est symptomatique du premier rôle que peut jouer la musique. On le retrouve en ouverture de ban, avant de laisser sa place à d'autres musiciens, genre Art Blakey, style Barney Willen, somme toute pas vraiment des figurants. -- Jacques Denis






Bonus : http://www.francemusique.fr/player/resource/2137-769

Présentes dès les premiers courts métrages des débuts du parlant, à la fin des années 20, les grandes figures de la musique noire américaine sont abondamment mises en scène par le cinéma hollywoodien des années 40, mais elles sont rarement filmées pour elles-mêmes, dans leur propre rôle. Le jazz fournit ensuite la matière de nombreuses bandes originales, aux Etats-Unis avec des réalisateurs comme Otto Preminger, ou en France avec la génération de la Nouvelle Vague. Et l’on voit apparaître un nouveau genre avec le film de concert « Jazz on a Summer’s Day », qui témoigne de l’édition de 1958 du festival de Newport. Parallèlement à la musique, la caméra se libère dans les années 60 avec John Cassavetes, Shirley Clarke ou Johan van der Keuken, mais l’embellie se révèle de courte durée. Il faut en effet attendre les années 80 pour voir les salles obscures renouer avec la musique noire, à travers des « biopics » ou des documentaires signés Bertrand Tavernier ou Clint Eastwood. Et pour évoquer cette belle épopée, entre jazz et cinéma, j’ai le plaisir d’accueillir pour la première fois dans cette émission Lionel Eskenazi, un passionné de cinéma  et de jazz : la caméra, c’est aussi son métier, et il écrit sur le jazz dans le mensuel Jazz Magazine / Jazzman.

Gabbo ,la cible

Qui n’a jamais rêvé de voir le grand, que dis-je, l’immense, que dis-je, le phénoménal Gabbo ? Ventriloque de son état, l’arrogant Gabbo se produit dans de petits cafés-théâtres miteux et se venge ensuite sur sa partenaire qu’il accuse de faire foirer tous ses tours. Du coup, agacée, la belle prend la tangente, laissant le ventriloque solitaire pleurer sur son triste sort et se consoler avec sa marionnette ... Deux ans plus tard, les deux éléments du tandem se retrouvent...
1929. Les mardis et jeudis noirs se succèdent, la Bourse s’apprête à s’effondrer, la Grande dépression pointe déjà le bout de son nez. Pendant ce temps, la belle et grande Hollywood, alors au faîte de sa gloire, profite de l’arrivée du cinéma parlant pour déverser sur les écrans américains de nombreuses comédies musicales ou reproductions théâtrales. Exploitant les autres formes d’expression artistiques qui s’apparentent au septième art (foires, music halls, opéras et théâtres, notamment), les réalisateurs de l’époque emplissent leurs oeuvres de morceaux minutieusement chorégraphiés et soigneusement orchestrés, profitant au mieux des possibilités offertes par la sonorisation et le dotant ainsi, par extension, du pouvoir de représenter les autres arts et de s’ériger par là-même en Art suprême.
James Cruze, immense cinéaste de l’ère muette, signe avec Gabbo le ventriloque son quatrième film parlant et profite de l’opportunité pour enivrer le public de mélodies entonnées sur une scène décorée avec faste, enjolivées par les -mouvements étourdissants d’une troupe de danseurs. Les tableaux, destinés à doter le métrage d’une durée honorable et à alimenter musicalement l’assistance, s’insinuent parfois efficacement dans l’histoire, comme l’illustrent les illusions fantasmatoires du ventriloque alors qu’il est dans sa loge.


   

Le ballet des danseurs est incrusté en plusieurs endroits au sein de l’image réelle, suggérant l’aliénation progressive du personnage, procédé qui rappelle inévitablement l’introduction de L’Aurore de Murnau. Empreints d’un symbolisme patent, les passages chantés reflètent l’instabilité mentale du personnage-titre (l’immense toile d’araignée évoque l’emprise que Gabbo exerce sur son ex-partenaire en même temps qu’elle stigmatise l’impossible échappée du ventriloque) et soutiennent un argument fantastique peu prégnant. Gabbo le ventriloque cultive en effet cette inquiétante étrangeté chère à Poe en maintenant le doute quant à la santé mentale du ventriloque dont la conscience est altérée par la poupée Otto, révélatrice d’une facette plus amène de son propriétaire. Ce dernier est campé par Erich von Stroheim, immense acteur d’origine autrichienne qui a entamé sa carrière par un petit rôle dans Naissance d’une nation de Griffith avant de devenir assistant du cinéaste, puis de tourner pour Jean Renoir et Robert Siodmak, entre autres. Il livre ici une prestation fort éloignée de celle de son Portrait de femmes, incarnant un ténébreux et plutôt inexpressif Gabbo et donnant peu de relief à ce personnage taciturne...


                


Flamarion est un artiste de Music Hall arrogant, qui partage la vedette de son spectacle avec la séduisante Connie, dont il est amoureux. Mais le seul obstacle à leur amour est le mari de Connie, un alcoolique notoire. Voulant à tout prix s'en débarrasser, elle convainc Flamarion de le liquider pendant une de ses représentations dans le but de faire passer ce meurtre pour un accident...        
Ce film a un mérite : mettre en évidence le talent d’A. Hitchcock. Devant l’absence totale de suspens et même de surprise quant au déroulement de l’intrigue, on ne peut qu’être frappé, par comparaison avec le maître anglais, de la piètre qualité du film. Les personnages sont fades et d’une banalité affligeante. Ils sont tellement déplaisants qu’on est plutôt satisfait qu’ils s’entretuent. Erich Von Stroheim semble prisonnier tout au long du film de la même expression faciale. S’il s’était agi d’une publicité pour les robots, il aurait été excellent. Et Mary Beth Hugues surjoue sans convaincre de son irrésistible pouvoir de séduction. La réalisation ne présente que peu d' intérêt, pas plus que l’histoire, qui est ennuyeuse tant elle est prévisible. Le film aurait pu avoir une qualité si au moins s’en dégageait une description intéressante de la société ou une analyse fine des personnages. Mais ici, il n’est question que de stéréotypes du film noir qui manquent cruellement de profondeur. A voir pour les fans inconditionnels d’Erich Stroheim ...



           

Film ici : https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=I5YjK_rZ4Q0