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vendredi 24 octobre 2014

Les destins d'Ava

Après Bend of the River (Les Affameurs), c’est à nouveau Borden Chase que nous retrouvons en tant que scénariste sur le seul western réalisé par Vincent Sherman. Il a été dit que le projet initial devait atterrir entre les mains de George mais qu’un concours de circonstances l’a fait se retrouver entre celles d’un autre Sherman, Vincent, l’un des réalisateurs hollywoodiens dont la spécialité était dès la fin des années 30, à l’instar de George Cukor, de donner les rôles principaux à des actrices (Bette Davis, Ann Sheridan, Joan Crawford…) ; bref, de réaliser des "Women Pictures". Mais cette légende parait un peu tirée par les cheveux d’autant que si George Sherman était un spécialiste du western, il n’est pas du tout certain qu’une telle intrigue "historico-romantico-politique" lui aurait convenu. Quoi qu’il en soit, le film bénéficia d’un important budget alloué par la firme du lion et obtint un succès confortable. Ce western n’a pourtant pas fait son trou au sein des différentes histoires du cinéma et reste aujourd’hui en France relativement peu connu. Pourtant, sans être inoubliable, L'Etoile du destin n’en demeure pas moins loin d’être un film déplaisant. Faisons d'abord un bref rappel historique concernant le Texas, puisque l’intrigue de Lone Star tourne autour de son annexion au milieu du 19ème siècle. Vers 1820, des pionniers venus des Etats de l’Est eurent l’autorisation d’acheter des terres sur le territoire du Texas, alors propriété du Mexique. En effet, le gouvernement mexicain espérait que la présence de ces nouveaux habitants venant peupler le nord du pays (alors encore quasiment désert) serait un repoussoir à l’attaque des Comanches. Les Anglo-Saxons furent vite majoritaires dans cette partie du Mexique et exprimèrent assez rapidement leur mécontentement vis-à-vis des lois que le gouvernement leur imposait. En déclarant leur indépendance, ils entrèrent en guerre contre le Mexique (avec en point d’orgue la tristement célèbre bataille de Fort Alamo) et en sortirent vainqueurs en 1836, année où ils créèrent la République du Texas. Le Mexique ne reconnut pas ce nouveau "statut" mais ne chercha pas à reprendre le combat immédiatement. Le Sénat américain ayant peur d’un conflit avec le Mexique, deux premières tentatives d’annexion du Texas par les USA échouèrent. Mais l’opinion publique étant majoritairement devenue favorable à son entrée au sein des États-Unis, l’annexion du Texas eut finalement lieu le 29 décembre 1845 ; une 28ème étoile vint alors s’ajouter au drapeau américain. La guerre américano-mexicaine tant redoutée fut déclenchée et dura jusqu’en 1848.


             


L’histoire de L’Etoile du destin débute donc alors que le congrès texan est sur le point de voter pour ou contre l’annexion de son territoire par les Etats-Unis. Borden Chase a dit en substance à propos de Lone Star qu’aucun autre film n’avait trahi son travail de la sorte, et qu'il s’agissait là du résultat le plus calamiteux issu de l’un de ses scénarios. Même si sa collaboration avec Howard Hawks et Anthony Mann a évidement accouché d’œuvres bien plus éclatantes, son affirmation reste très exagérée. Avait-il à ce moment là occulté certains de ses scripts aussi déplorables que celui, pour n’en citer qu’un, de The Fighting Seabees (Alerte aux Marines) réalisé par Edward Ludwig, qui plus est d’un racisme outrancier et pénible ? Cela ne fait aucun doute car le scénario de ce western, s’il reste conventionnel sur certains points, n’en demeure pas moins extrêmement intéressant et bien mené malgré des dialogues abondants mais jamais ennuyeux. Et puis existe-t-il beaucoup d’autres westerns qui portent une aussi grande attention à l’aspect politique et historique de son intrigue ? Puisque Lone Star, comme nous l’avons déjà dit, narre (avec néanmoins pas mal de fantaisie) la page d’histoire mouvementée de la lutte pour l’annexion du Texas par les États-Unis, alors que la majorité de la population était alors plutôt favorable à un rattachement au Mexique. 


                              


Les deux conceptions, les deux prises de position sont bien explicités et assez captivantes, tout comme la ruse politique de Sam Houston. Un aventurier est d’ailleurs chargé par un ex-président des USA de retrouver ce vieux héros de l’indépendance (actuellement occupé à pacifier les tribus Apaches), qui serait le seul à pouvoir faire pencher la balance en faveur du rattachement de ce territoire à son pays.

L’aventurier, c’est Clark Gable égal à lui-même dans un rôle qui ressemble beaucoup à celui de Rhett Butler dans Autant en emporte le vent (Gone With the Wind), un homme cynique qui dit n’avoir pas de convictions, étant seulement préoccupé par les femmes et l’argent (« I’m riding and fighting for money for ten years. ») Il forme ici pour la première fois un duo avec Ava Gardner, une actrice qu’il retrouvera l’année suivante dans le Mogambo de John Ford. Et déjà ce couple se révèle extrêmement convaincant, l’alchimie entre les deux fortes personnalités fonctionnant parfaitement ; la romance de ce western historique, même si elle n’est pas l’élément le plus passionnant de cette intrigue (à cause du personnage joué par Ava Gardner, malheureusement un peu sacrifié), n’en demeure pas moins tout à fait plaisante. 


                


Outre l’histoire d’amour entre ces deux protagonistes aux idées politiques opposées, de nombreuses et intéressantes discussions entre des personnages historiques réels, le jeu fascinant des alliances et des trahisons, Vincent Sherman n'oublie pas de faire la part belle aux scènes mouvementées avec notamment une poursuite à cheval efficace au cours de laquelle on fait la connaissance d’un Geronimo encore adolescent.  On relèvera une assez bonne utilisation des paysages grandioses, une belle photographie laiteuse en noir et blanc proposée par Harold Rosson, d’excellents dialogues ainsi qu’une robuste bande originale de David Buttolph qui n’est pas sans posséder une certaine vigueur (le générique est même très martial), et qui nous propose un love thème vite entêtant d’autant que la sculpturale Ava le chantera divinement à travers la chanson Lovers Are Meant to Cry lors d’une séquence où elle se retrouve seule en compagnie de Clark Gable. Et enfin, aux côtés du couple star glamour, on trouve des seconds rôles tous bien choisis, de Broderick Crawford à Beulah Bondi en passant par Ed Begley, William Conrad ou encore Lionel Barrymore dans la peau d’un Andrew Jackson (qu’il avait déjà personnifié en 1936) qui clôturera sa carrière après plus de trente ans de bons et loyaux services pour la Metro Goldwin Mayer. L'Etoile du destin est donc un western classique à la vision duquel les spectateurs ne risquent pas d’être bouleversés, loin s’en faut, mais qui peut parfaitement faire passer un agréable moment.
Bonus :
                     


Cadre exotique et dépaysant, cinémascope et couple glamour en tête d'affiche, George Cukor semble se frotter avec Bhowani Junction à la grosse production d'aventures si en vogue dans le Hollywood des années 50/60 (et genre auquel il ne s'était plus confronté depuis son éviction d'Autant en emporte le vent). Si l'on aura notre lot de belles images et de folklore, George Cukor ne change pas malgré l'ampleur des moyens alloués pour signer un récit profondément intimiste et comme souvent une superbe portrait de femme.Le film adapte le roman éponyme de John Masters paru deux ans plus tôt et qui faisait suite à Nightrunners of Bengal (Coursiers de Nuit) où il narrait les révoltes indiennes de 1857 à travers les aventures de l'officier Rodney Savage et traitait déjà des problèmes raciaux et ethniques au centre de cette communauté. John Masters a écrit toute une série de roman dans ce cadre où les membres de la famille Savage servait de fil conducteur, Cukor y faisant allusion lorsque Stewart Granger montre à Ava Gardner la tombe de son arrière-grand-mère tombée lors des évènements de 1857 et montrant aussi son enracinement dans le pays.Ancien officier de l'armée britannique, John Masters participa à de nombreuses campagne dans la région, il officiera dans Brigade indienne d’infanterie dont il commandera la 111e compagnie avant de finir sa carrière par des décorations Distinguished Service Order en 1944 et 'Ordre de l’Empire britannique en 1946. Tous ces éléments visent à appuyer la connaissance profonde du contexte, des enjeux géopolitique et sociaux de cette zone du monde par l'auteur et qu'aura vraiment bien su respecter George Cukor même s'il se plaindra beaucoup des nombreuses coupes qu'il fut contraint de faire.
L'histoire prend donc place dans un contexte décisif pour une Inde en forme de poudrière au bord de l'explosion. Alors que le départ des anglais et donc l'indépendance du pays est imminente, plusieurs groupes se disputent les futurs rênes du pays. Les pacifistes souhaitant une transition en douceur où les apports anglais seraient associés à un retour à la culture indienne, et d'autres plus belliqueux s'adonnant au terrorisme voulant éradiquer toute trace de l'ancien colonisateur britannique et supposément piloté par le Parti Communiste qui deviendrait le maître sous-terrain du pays à leur départ.


             

A cela s'ajoute le sort peu enviable des métis anglo-indien, assignés à des fonctions de pouvoir par les anglais tout en étant méprisés par eux et promis à une revanche cruelle des natifs indiens haineux. Nos héros naviguent dans ce tourbillons d'intrigues et d'enjeux qui les dépassent que ce soit le Colonel Rodney Savage (Stewart Granger) chargé de rétablir l'ordre à Bhowani Junction en retrouvant le meneur de la révolte Davay ou encore la métisse Victoria Jones (Ava Gardner).
C'est le sort de cette dernière qui guide l'intrigue et touche le plus grâce à la belle prestation d'Ava Gardner. Les affrontements idéologiques en toile de fond ne rendent que plus intense son déchirement entre deux mondes, deux races et deux cultures opposées où elle ne sent réellement appartenir à aucune. Adoptant tour à tour la distinction anglaise jusqu'au snobisme (elle appelle ses parents Pater et Mater), elle sera attirée par les même extrêmes lorsqu'elle tentera de devenir une indienne pure souche en adhérant à la religion sikh. Cukor montre intelligemment que chacune de ces voies forment une impasse.


                                 


L'autre personnage métisse du film Patrick (Bill Travers) dans sa volonté de plaire et d'être assimilé aux anglais fait preuve du même racisme ordinaire que les pires d'entre eux, reniant ainsi une partie de son sang. Les anglais ont en leur sein des êtres détestables et méprisant (à l'image du lieutenant violeur joué par Lionel Jeffries) et les plus virulents des indiens n'hésite pas à faire périr les leurs pour la cause à travers les actes de terrorisme et de meurtres qui parcourent le film dont un saisissant déraillement de train. C'est donc une forme de parcours initiatique qu'entame Victoria où plus que de choisir un bord, elle devra se trouver elle-même.Cela se fera notamment à travers la romance entamée avec Stewart Granger, leur rapprochement étant très bien amené avec l'incompréhension mutuelle (due au bouillonnement intérieur de Victoria) cédant à plus de quiétude. Stewart Granger tout en sobriété est tour à tour autoritaire, rassurant et aimant avec un égal talent. Ava Gardner irradie elle le film de sa beauté (et une nouvelle fois en métisse après Show Boat et Cœurs Insondables) et de la fièvre qui semble l'habiter de bout en bout, vraiment une de ses plus belles prestations.


                


George Cukor délivre un de ses films les plus impressionnants visuellement. Filmé au Pakistan, Bhowani Junction offre son lot de décors impressionnant et parvient magnifiquement à saisir les mutations de ce pays en pleine mutation. L'argument de Victoria partant à la découverte de sa culture pour se rassurer offre ainsi plusieurs séquences riches de détails comme le rite d'adhérence à la religion sikh superbement filmé.
La sensation documentaire domine souvent lorsque la voix off de Granger dépeint le contexte tandis que la caméra de Cukor traverse les rues grouillantes, les gares bondées où s'attarde sur les décors soufflant traversé par les trains. L'aventure est surtout intérieure finalement, ce qui n'empêche par une scène finale assez haletante par sa tension où l'on croisera brièvement la route de Gandhi. La jolie et sobre conclusion atténue même de fort belle manière l'issue désespérée que l'ouverture laissait suggérer. Beau film.
Sources : http://www.dvdclassik.com/

Métro et Cinéma

Nés à la même époque, le métro et le cinéma symbolisent le XXe siècle.De célèbres stations du métro parisien sont devenues les lieux de tournage de scènes de films.Quand le septième art s'invite dans le métro...La première ligne du métro parisien (la ligne 1) a été construite pour l’Exposition universelle de 1900. Elle reliait la Porte Maillot à la Porte de VincennesAujourd’hui, le métro accueille environ 4 millions de voyageurs par jour. Il comporte 16 lignes qui s’étendent sur 214 kilomètres. 300 stations sont ouvertes au public. Pour des raisons historiques ou commerciales, plusieurs stations du métro de Paris sont aujourd’hui inutilisées et inaccessibles. On les appelle les stations fantômesParmi elles, il existe une station que la plupart des Parisiens connaissent bien. C’est la station Porte des Lilas-Cinéma qui sert désormais de décor et de studio pour le tournage de films et de publicités. On y a tourné par exemple des scènes du film Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001) de Jean-Pierre Jeunet ou de Paris, je t’aime (2006) d’Olivier Assayas. Certains films ont même fait du métro leur thème majeur : Les portes de la nuit (1946) de Marcel Carné, Peur sur la ville (1975) de Henri Verneuil ou encore Subway (1985) de Luc Besson.


Kontroll (2003)
Imaginez un monde baigné de lumière artificielle où l'affrontement est la règle de base. Imaginez une série de personnages névrosés, peu courageux ni zélés, avec une conscience professionnelle proche de zéro. Imaginez une introduction hallucinante par le patron du métro hongrois, expliquant face caméra pourquoi il accepté le déroulement du tournage dans ses infrastructures et locaux. Vous aurez alors une idée du cadre posé, dans lequel s'inscrit Kontroll, polar azimuté et fendard, sorte Subway des pays de l'Est, inquiétant et sombre. Le scénariste et réalisateur, Nimrod Antal a confectionné à son histoire une toile de fond fournie, teintée de bouleversement social et comportemental. Entre les clients récalcitrants, irrespectueux, voire pour certains, dangereux, il dresse une peinture noire et pessimiste du métier de contrôleur et de l'évolution de la société hongroise. Dans ce milieu, surnagent quelques personnages, d'un côté comme de l'autre. Qu'il s'agisse côté passagers, de Bip Bip, l'homme qui vous gaze plus vite que son ombre, ou côté brigades, de Bucsu lui-même, sorte de squatter sympathique et nonchalant, ceux là sont les seuls à ne pas sombrer dans la peur ou le désarroi permanent. Ce film brillant se double donc d'une réflexion sur l'identité, l'état du système, et le rapport à l'autre. Formidablement rythmé, Kontroll est aussi débordant d'un humour sarcastique et moqueur, tournant en dérision (ou en tension) les relations contrôleurs / passagers. Mais c'est avant tout un film d'action, enlevé, brillant, dont les ressorts inattendus vous emportent dans un tourbillon de sensations contradictoires : sueurs froides, plaisir, désir de vengeance, compassion. Et rapidement, dans ce tourbillon qui semble happer les personnages, vous aussi, comme Bucsu, désirerez une accalmie, un moment de repos, un retour à la normale. Mais ça n'est pas pour tout de suite… Olivier Bachelard


              

On ne peut pas vraiment dire du réalisateur Joseph Sargent qu’il aura marqué l’histoire du 7e art. Vétéran du petit écran, il a officié dans une quantité impressionnante de séries télé cultes des sixties (Les Envahisseurs, Star Trek, Des agents très spéciaux…), mis en boîte du téléfilm par paquets de douze et, au cinéma, quelques panouilles oubliables. A moins, certes, de considérer Les Dents de la mer 4 comme un nanar de sinistre mémoire. Je me souviens aussi de son très inégal film à sketches, En plein cauchemar, sorti chez nous en juin 1984 dans la foulée de La Quatrième Dimension. Mais en 1974, miracle. Touché par la grâce d’un sujet sans fioriture, Sargent signe avec Les Pirates du métro (The Taking of Pelham 123 en V.O) un petit chef-d’œuvre du bois dont on fait les plus nobles séries B. Trente-huit ans après sa sortie, le film n’a rien perdu de son efficacité ni de son charme seventies.
Basé sur un roman signé John Godey (pseudonyme de Morton Freedgood, l’auteur de Johnny Belle Gueule), le scénario de Peter Stone combine les rouages d’un thriller classique mâtiné d’un zeste de film catastrophe (très en vogue à l’époque) et d’une pincée de satire politique. Il faut dire qu’au moment du tournage, fin 1973, le scandale du Watergate a éclaté un an plus tôt, tandis que la ville de New York s’enfonce dans le surendettement et les affaires de corruption. La crise de confiance de l’Amérique envers la gestion par ses édiles de ses grandes villes bat son plein, en particulier à Big Apple, plombée par une dette qui atteindra les 14 milliards de dollars en 1975 ! Via le personnage du maire de New York (dont le film ne cite jamais le nom et que l’acteur Lee Wallace incarne à l’écran), geignard électoraliste ridiculisé par un gros rhume, Les Pirates du métro reflète généreusement cette image désabusée de la politique typique de cette décennie. Ce n’est pas là le moindre de ses charmes. Lesquels vous sautent à la gueule dés les premières mesures du thème jubilatoire de David Shire, trépidant combiné de cuivres méchants et de percussions syncopées, assurément l’un des génériques les plus magnifiques du cinéma des années 70. La suite prend immédiatement le relais dans les rues crasseuses de Manhattan et, sans le moindre temps mort, l’action suit la prise d’assaut ultra-méthodique de la rame Pelham 123 par le gang.


             


Au fil du trajet du métro, les quatres baddies montent chacun leur tour dans un wagon différent, jusqu’à ce que le chef de gang, Mr Blue (génial Robert Shaw, froid et méticuleux), présenté via un superbe plan séquence en légère contre plongée, s’invite dans la cabine du conducteur. Pour le cinéphile amoureux de ciné velu, c’est la fête. La distribution regorge de gueules au top de leur jeu, à commencer par Walter Matthau dans le rôle du lieutenant Garber, rôle repris par Denzel Washington dans le triste remake signé Tony Scott en 2009. Futé, bourru et sec comme un coup de trique mais non dénué d’humour (comme le film, quoi), Garber n’a rien du héros parfait. En témoigne sa condescendance raciste envers la délégation japonaise venue visiter les locaux de la MTA (Metropolitan Transit Authority), comportement détestable bien vite recadré d’ailleurs lors d’un petit gag linguistique 
désopilant.


                              

Autour de Garber, tous les employés de la MTA respirent New York à plein pif. De l’irascible et grossier mais courageux Dolowicz (Tom Pedi) au décontracté lieutenant Rico Patrone (Jerry Stiller) en passant par le collègue rival Frank Correll (Dick O’Neill), tous vocifèrent, jurent et maugréent pour le plus grand bonheur de nos oreilles bercées par leurs tirades fleuries. Pas étonnant que Les Pirates du métro ait autant tapé dans l’œil de Tarantino : outre son feeling seventies pur jus, son casting charnu, sa réal’ qui claque et ses idées cool (des couleurs pour les noms de code des vilains, gimmick repris dans Reservoir Dogs), le film enquille les répliques gouleyantes à souhait. Témoin, lorsque Robert Shaw dévisage un Noir sur le quai de la 28e rue au début du film, l’intéressé lui dégaine un « C’est quoi ton problème ? T’as jamais vu un coucher de soleil ? » aux frontières de la poésie. Ou encore le « Comment voulez-vous diriger un réseau ferroviaire sans jurer ?? » de Donowicz à une collaboratrice choquée. 
Suite et source : http://www.dailymars.net/actu-blu-ray-the-taking-of-pelham-123-les-pirates-du-metro-de-joseph-sargent/






Au cours des années 80, une nouvelle Nouvelle Vague semblait sur le point d’émerger, beaucoup plus jeune et branchée que l’ancienne, influencée par le clip et la publicité, et moins axée sur le sens que sur les sensations. Une tendance au « réalisme poétique » qui se définit alors en trois noms : Carax, Beineix, Besson. Trois cinéastes d’une ambition folle, mais dont le destin glorieux sera comme un rapace dont on aura finalement coupé les ailes (au mieux) ou qui aura fini par se pervertir au point de trahir ses ambitions de départ (au pire). Et on connait tous la suite : Carax s’est longtemps enfermé dans une posture d’artiste maudit après le tournage chaotique des Amants du Pont-Neuf, Beineix aura fini par sombrer injustement dans l’oubli malgré les triomphes de Diva et de 37°2 le matin, et seul Besson aura su conserver une certaine aura auprès du public. Mais à quel prix, lorsque l’on voit à quel point cette image de scénariste-producteur omnipotent, piochant sans cesse dans des recettes déjà surexploitées pour pondre à la chaîne des projets ni faits ni à faire, continue de lui coller à la peau comme un vieux tatouage indélébile ?
Même lorsque l’on revoit ses propres films, on s’aperçoit vite à quel point l’opportunisme reste une marque de fabrique chez lui : débuter sa carrière avec un film post-apocalyptique fauché (Le dernier combat) peu de temps après que Mad Max ait cartonné en salles, emprunter des gimmicks hérités du cinéma de Hong Kong dans des polars très influencés (Nikita et Léon), pomper sans vergogne l’imagerie des BD signées Bilal ou Moebius pour concocter une fresque de SF décomplexée (Le cinquième élément), on en passe et des meilleures… 


             


La patte Besson, aussi fascinante et appliquée soit-elle dans sa mise en image (il sait filmer, cadrer et monter, c’est indiscutable), souffre donc d’un manque d’idées scénaristiques là où Carax et Beineix semblaient intarissables. Du coup, pourquoi évoquer Subway, réalisé juste après Le dernier combat et un peu nanardisé depuis plusieurs années ? Sans doute parce qu’il contient déjà tout ce qui impressionne malgré tout dans le cinéma de Besson, à savoir une énergie interne assez inouïe, une façon de voir le cinéma moins comme l’illustration d’un scénario que comme un pur déversement de virtuosité (une chose qu’il a totalement oubliée par la suite), et surtout, un goût évident pour les atmosphères uniques qui, lorsqu’elles sont bien retranscrites, suffisent à forger la moelle épinière d’une œuvre de cinéma. Revoir le film au format Blu-Ray ne trompe d’ailleurs pas sur cette impression, le film ayant étonnamment bien vieilli.


               


Parler de Subway en se focalisant uniquement sur son scénario ne sert strictement à rien. Car, oui, on ne se le cachera pas, celui-ci est assez minimaliste. En se forçant, on pourrait le résumer en disant qu’un certain Fred (Christophe Lambert) se réfugie dans les bas-fonds du métro parisien après avoir dérobé des documents compromettants chez le riche mari de la belle Helena (Isabelle Adjani), qu’il est secrètement amoureux d’elle, qu’il est pourchassé à la fois par les flics et les sbires du mari, et qu’il va vite se mêler à une étrange faune souterraine. Voilà. Mais on se fiche très vite de l’intrigue, emporté que l’on est par le style Besson, dévorant et électrisant dès son excellente scène d’ouverture : une poursuite à tombeau ouvert en plein cœur de Paris entre deux voitures qui s’achève par une fuite improvisée dans le métro. Outre l’énergie de la mise en scène et la lisibilité parfaite du montage, un élément retient toute notre attention durant cette scène : la musique. 

                     


Et si l’on se souvient bien des trois lignes qui introduisaient le film, tout parait alors très clair : une phrase de Socrate (To be is to do), une phrase de Sartre (To do is to be) et une phrase de Sinatra (Do be do be do). C’est le processus même du film qui est alors résumé : relier l’acte créatif à la partition musicale, en faisant en sorte que les deux soient consubstantiels. L’association musique/image sera donc la règle de départ, le tout dans un décor progressivement insolite que la caméra de Besson prendra le temps d’explorer sous tous les angles. Du coup, si l’on admet que l’un des plaisirs du cinéma consiste à mettre en relation des éléments et des espaces, en jouant sur la musicalité du montage autant que sur la durée des plans, la puissance visuelle de Subway peut encore être considérée comme une vraie audace pour l’époque. En revanche, le reproche que beaucoup continuent encore aujourd’hui de faire au film (cinéma ou clip ?) ne rentre pas vraiment dans ce cadre d’analyse...
Source et suite : http://www.courte-focale.fr/cinema/critiques/subway/