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dimanche 23 avril 2017

Robert et Ella

Phantom Lady est le premier « film noir» hollywoodien de Robert Siodmak. Le futur réalisateur des Tueurs trouve avec l'histoire de William Irish un thème exemplaire : un innocent injustement condamné à mort, des témoins qui mentent, une jeune femme courageuse menant sa propre enquête, et parallèlement, un criminel aussi séduisant qu'impitoyable. Nous sommes en 1943, Robert Siodmak vient de finir Cobra Woman, avant de réaliser ce film, il a tourné Le fils de Dracula d’après une histoire de son frère Curt. A cette époque, il souhaite passer à autre chose, quelque chose qui soit plus digne de ce qu’il a fait en France avec Pièges ou Mollenard. A Los Angeles, il se trouve un jour à une terrasse de café avec des immigrés allemands, parmi eux une jeune femme, productrice et scénariste : Joan Harrison. Elle a fait ses études à la Sorbonne et à Oxford, elle a été la secrétaire particulière d’Alfred Hitchcock, ensuite sa scénariste (La Taverne de la Jamaïque) pour l’accompagner par la suite aux Etats Unis dans les studios Universal (Rebecca, Soupçons, Correspondant 17, Cinquième Colonne). Joan Harrison veut devenir indépendante, elle devient productrice et cherche un sujet intéressant puis elle se lie d’amitié avec Siodmak. A eux deux, ils représentent les « intellectuels européens » et souhaitent s’imposer à Hollywood. C’est ainsi que commence le projet de Phantom Lady…Le peu de personnalité d'Alan Curtis, chargé de jouer l'innocent injustement soupçonné, contribue à renforcer le caractère de Carol, incarnée par la troublante Ella Raines que Richard Thorpe venait de diriger dans l'excellent Cry Havoc et que Robert Siodmak réutilisera, par la suite, à plusieurs reprises, dans The Suspect, The Strange Affair of Uncle Harry et Time out of Mind. De même, comparé au fade Alan Curtis, Franchot Tone - à contre-emploi par rapport à ses rôles précédents - possède une ambiguïté et un charme propres à certains des héros maléfiques chers à Alfred Hitchcock. LE FILM NOIR – Patrick Brion


                           


Un élément remarquable, Phantom Lady est le premier projet de Joan Harrison, la productrice la plus éminente (là encore, elles ne sont pas nombreuses) de l’âge d’or du Noir. Certes, l’idée qu’une femme sauve le protagoniste masculin ou lui apporte une aide essentielle apparaît dans d’autres films Noirs. L’un des exemples les plus anciens et les plus étranges est Tueurs à gages (This Gun fot hire, 1942), où la chanteuse itinérante Ellen Graham (Veronica Lake) finit par aider son ravisseur, le tueur à gages Raven (Alan Ladd). Plus inhabituel encore, Et tournent les chevaux de bois (Ride the pink horse, 1947) est une production de Joan Harrison réalisée et interprétée par Robert Montgomery où l’on voit Pila (Wanda Hendrix), une adolescente indienne faussememnt naïve, sauver la vie d’un mystérieux ancien combattant. Mais le plus typique de ces personnages est peut-être celui de Kathleen Stewart (Lucille Ball), la secrétaire débrouillarde qui aide son patron désemparé, le détective privé Bradford Galt (Mark Stevens), dans L’impasse tragique (The Dark Corner, 1946). Bien que tous ces personnages féminins, et d’autres encore, contribuent largement) à tirer leurs partenaires d’une mauvaise passe, aucune ne va aussi loin que Carol Richman, allias « Kansas » (Ella Raines) dans Phantom Lady. Même si son nom figure en dessous de celui de Franchot Tone (alors que Lucille Ball est en tête d'affiche dans L'Impasse tragique), c'est sur le personnage d'Ella Raines que repose tout le film. FILM NOIR 100 ALL-TIME FAVORITES – Paul Duncan, Jürgen Müller 




C’est un film sur la ville et dans ce sens là c’est déjà quelque chose de nouveau à l'époque. Ce que Siodmak souhaitait faire : c’est à la fois le portrait d’une ville (n’importe laquelle) d’une ville en été avec une chaleur étouffante. C’est une ville où toute sa crasse devient tout d’un coup représentative d’une certaine morbidité de la société. Siodmak voulait montrer des pans de ville qui littéralement émergent de la nuit.Siodmak va engager un chef opérateur, que personne ne connaît : Elwood « Woody » Bredell, c’est un cameraman anglais. Il a commencé comme acteur dans des films muets, il tourne depuis la fin des années 1920 mais il ne s’est jamais fait remarquer, il a participé à un tas de petits films oubliés. Pour la Universal, il a fait quelques « Momies » et quelques « Frankenstein », Siodmak fait donc appel à Bredell et va le coacher. Siodmak fait partie de ces rares réalisateurs, comme Josep Von Sternberg, qui maîtrisent parfaitement la technique du chef opérateur. Il avait été lui-même formé par Schüfftan un grand chef opérateur de la UFA en Allemagne.Siodmak insiste pour que son chef opérateur Woody Bredell s'inspire de Rembrandt et de l'école d'Utrecht, pensant que l'œil se détourne toujours de la tâche la plus claire pour chercher dans l'obscurité un point de repos.(http://moncinemaamoi.over-blog.com/2015/08/phantom-lady-les-mains-qui-tuent-robert-siodmak-1944-ella-raines-franchot-tone-et-alan-curtis-9.html)






The Strange Affair of Uncle Harry est un film américain de Robert Siodmak réalisé en 1945, avec George Sanders, Geraldine Fitzgerald et Ella Raines.C’est vrai que pour de nombreux nouveaux spectateurs la minute finale gâche tout le scénario. Pour ma part j’aimerais pouvoir l’effacer de mon DVD. Elle peut même être considéré comme du mépris puisque aucun indice visuel ne peut la laisser prévoir ni même la soupçonner. Il faut alors savoir que ce fut le ‘’code Hays’’ qui obligea Siodmak à prolonger le film au delà de sa logique. Il le fit sans doute avec la plus mauvaise volonté possible. Une fois compris et admis, ce renseignement permet de juger le film avec sérénité. C’est la mise en scène qui compte avant tout, elle créait une atmosphère étouffante accentuée par l’ennui qui se dégage de la ville et de ses habitants dont les seules distractions sont les messes, l’ancienne maison de Washington et le base-ball féminin. George Sanders est éblouissant passant en douceur du statut de mollasson irrécupérable à celui d’assassin sans le moindre scrupule. Vu comme cela Siodmak est bien un des grands maitres du film noir.Le twist final n'est pas très convaincant ou du moins n'arrive pas au bon moment, c'est dommage car autrement "The Strange Affair of Uncle Harry" serait un excellent film noir ; on doit se contenter d'un très bon film noir. Mais si on arrive à s'en contenter, on prend du plaisir à voir ce portrait très critique à l'égard de la vie d'une petite ville de province américaine où le conservatisme et la frustration sont maîtres. Pointe d'audace qui contraste fortement dans un cinéma américain très surveillé par une censure puritaine, le désir incestueux refoulé de la sœur envers son frère est très suggéré.


                    
   


Niveau casting, c'est du morceau de choix. Le toujours classe et élégant George Sanders est excellent en type trop bonne pâte qui veut sortir de sa vie abyssalement chiante, Ella Raines, belle et rayonnante à souhait, est un choix très pertinent pour le rôle de la femme désirable et désirée, et Geraldine Fitzgerald est glaçante en frangine castratrice, tellement convaincante qu'elle arrive même à avoir la part du lion au final (ce qui est loin d'être évident quand on est face à Sanders !!!). Intéressant pour sa distribution et pour son côté critique sur la médiocrité de la vie provinciale américaine.Y'a-t-il quelque chose à sauver dans ce film ? En effet la mise en scène de Siodmak ne se remarque pas particulièrement, guère de plans qui nous rappelle qu'il est un maître du clair obscur et des angles tarabiscotés. Seuls les acteurs et les actrices donnent un peu de vie à cette histoire.




D'abord George Sanders qui est oncle Harry, un vieux garçon qui va se réveiller au contact d'une jeune femme délurée et entreprenante. Ensuite Geraldine Fitzgerald qui passe par toutes les facettes d'une femme à la fois malade, roublarde et profondément malheureuse. Egalement Ella Raines est très bien, quoique le scénario ne lui ménage pas une bien grande place. Donc ça se regarde assez bien parce que les acteurs sont bons. Si on voulait trouver quelque indulgence à ce film on dirait que c'est une histoire d'inceste, en avance sur son temps puisqu'elle dévoile des pulsions secrètes que la morale bourgeoise a enfoui, ou encore que les femmes martyrisent beaucoup ce pauvre Harry. Mais ce freudisme bien léger ne suffit guère à élever le niveau général de l'œuvre. Cependant comme ça ne dure qu'une heure et vingt minutes, finalement on s'en tire bien et on a amélioré notre connaissance de l'œuvre de Siodmak, ce qui n'est pas rien tout de même !(http://alexandreclement.eklablog.com/the-strange-affair-of-uncle-harry-robert-siodmak-1945-a114844752)


vendredi 21 avril 2017

Monsieur Patron

Un grand patron est un film français réalisé par Yves Ciampi en 1951, d'après un scénario de Pierre Véry et sur une musique de Joseph Kosma.Ce film dresse le portrait d'un grand chirurgien parisien, joué par Pierre Fresnay. Cela sert de support à une charge sans concession de la grande bourgeoisie française. À sa sortie en 1951, le film obtient un grand succès public. La scène de fête dans la salle de garde oú une fille danse sur une table a fait l'objet de pressions de la part d'associations défendant les « bonnes mœurs », qui ont voulu faire interdire le film. A première vue la réalisation parait un peu poussiéreuse avec un petit coté documentaire d'époque sur l'hopital, finalement le scénario s'avère assez profond avec un Fresnay solide comme d'habitude. Un film intéressant.Plusieurs histoires gravitent autour de celle du Professeur Delage (Pierre Fresnay). Sa femme Florence (Renée Devillers) totalement dévouée et sacrifiée aux succès de son illustre époux et qui aurait tellement voulue avoir un enfant. Son filleul Georges (Philippe Mareuil), qui est l'un de ses étudiants, qui se demande s'il est fait pour la médecine alors qu'il se trouve mal à la vue du sang. Son adjoint, Marillac (Jean-Claude Pascal), un très bon chirurgien qui drague toutes les étudiantes et les infirmières. Yves Ciampi conduit sa réalisation avec la maîtrise et les compétences d'un médecin qu'il est aussi. Il n'est pas rare qu'un professionnel passe derrière la caméra comme l'a également fait André Cayatte qui, lui, était avocat (Nous sommes tous des assassins). Yves Ciampi se décidera à choisir le cinéma en 1946. Il tournera encore deux films sur les problèmes de la médecine : Un sujet sur la drogue « L'Esclave » et un autre sur la médecine illégale « Le guérisseur ».


   

Gros succès de l'année 1951, ce film est généralement peu cité dans les histoires du cinéma. Pourtant, une nouvelle vision est une nécessité. Le scénario signé Yves Ciampi et Pierre Véry (l'auteur des Disparus de Saint-Agil et autre Assassinat du père Noël) est plus complexe qu'il n'y parait et apparait in fine comme un tableau pour le moins critique du monde médical et, à travers lui, d'une certaine bourgeoisie française. Le personnage de mandarin, remarquablement interprété par le génial Pierre Fresnay, se situe au centre de plusieurs histoires ayant chacune leur enjeu: faire de son neveu un héritier ou, à défaut, un médecin; obtenir son entrée à l'Académie en faisant valoir la réussite de sa nouvelle méthode chirurgicale dans la greffe rénale; prendre soin d'un enfant orphelin dont la tante est décédé peu après une de ses interventions. Porté par Pierre Fresnay, qui dans cette partie de sa carrière incarna beaucoup de personnages héroïques et humanistes, le film est passionnant du début à la fin et témoigne de la réalité de la profession médicale dans les années 50. Ancêtre des séries TV se déroulant dans cet univers, mais bien supérieur à elles, UN GRAND PATRON est sans doute le meilleur film d'Yves Ciampi, la carrière ultérieure de ce réalisateur n'ayant pas tenu toutes les promesses de ce coup d'éclat."Dieu nous garde des demi-dieux" lance l'épouse du grand patron, dans un des rares moments où elle juge son génie de mari.Cette épouse est jouée par Renée Devillers. En femme sacrifiée, mais toujours supérieure à sa souffrance, elle tient ici un rôle assez semblable, quoique moins dramatique, à celui qu'elle interprète au côté de Louis Jouvet, dans un très joli film appelé "Les Amoureux sont seuls au monde". 




Cette belle et émouvante actrice, que certains dictionnaires du cinéma oublie purement et simplement, mérite bien un petit hommage, avant même Pierre Fresnay, inégalable bien sûr, avant Jean-Claude Pascal, dans un des rares rôles dignes de lui, avant Pierre Etaix, Georgette Anis, ou ce pauvre Maurice Ronet, dont le beau visage n'apparaît qu'un instant dans un rôle de comateux. Il faut également rendre la place qu'il mérite à Yves Ciampi, réalisateur dédaigné - "Typhon sur Nagasaki" avec Jean Marais et Danielle Darrieux, film-catastrophe avant la lettre, ainsi que "Qui êtes-vous Monsieur Sorge ?", fascinant portrait d'espion, devraient être reconnus et sortir en DVD -. Ses films ont un aspect documentaire, genre pour lequel il eût toujours beaucoup de goût, qui les rend plus précieux encore à mesure que le temps passe. Docteur en médécine, dûment diplômé, Ciampi avait écrit un scénario appelé "Le Patron", souvenir de ses études et de son internat, que tous les producteurs avaient refusé, le trouvant trop dur. C'est Pierre Véry qui le rendit acceptable, en y introduisant les deux enfants à la recherche de l'"Homme invisible" auquel le grand patron ressemble lorsqu'il a mis son calot et son masque blancs pour opérer. Jolie trouvaille qui relie des séquences qui auraient pu paraître arbitrairement amenées, et qui, surtout, permet des moments d'humanité adoucissant un peu le portrait du professeur Delage joué par Pierre Fresnay. (https://www.amazon.fr/Grand-patron-Pierre-Fresnay/dp/B000UZD4KS)






Monsieur Fabre est un film français réalisé par Henri Diamant-Berger, sorti en 1951.Film sur la vie de l'entomologiste Jean-Henri Fabre, consacrée entièrement à l'étude passionnée des mœurs des insectes. D'Avignon à Paris, de Paris à Sérignan où il finira ses jours, et honoré par Raymond Poincaré, alors président de la République. Sa patience, son obstination, son savoir seront reconnus par Napoléon III, l'éditeur Delagrave, le philosophe Stuart Mill et trouveront leur aboutissement dans ses Souvenirs entomologiques.Jean-Henri Fabre est donc un individu hors du commun. Entomologiste passionne, il passe le plus clair de son temps a etudier les moeurs des insectes. Napoleon III ou encore le philosophe Stuart Mill vont s'incliner devant les travaux de ce scientifique. La France a honoré plusieurs savants dans des longs-métrages très intéressants dont "Monsieur Fabre" d'Henri Diamant-Berger, film drôle, émouvant et sensible! Pierre Fresnay qui campe un excellent entomologiste n'en croit ni ses yeux ni ses oreilles en 1951! C'était bien la première fois qu'on osait lui tenir tête sur un plateau de cinéma! En acceptant de passer le costume de Jean-Henri Fabre, il n'imaginait pas qu'un gamin haut comme trois pommes puisse en ces termes "J'veux pas! J'veux pas! C'est pas mon père!" l'envoyer sur les roses! Ce gamin de 4 ans, c'était Patrick Dewaere (dans son premier rôle au cinéma) qui n'a que faire de la caméra et, de plus, il n'ètait guère à l'aise dans son habit! il le trouvait ridicule et avait même l'impression d'être vêtu comme une fille! Hormis cette anecdote, dans le domaine de la biographie filmée, "Monsieur Fabre" est une réussite avec un Pierre Fresnay qui offre ici de beaux numéros d'acteurs...





C'est Pierre Fresnay qui réalise une excellente interprétation de Fabre. Le scénario développe très bien l'étude de ce personnage particulier au fort caractère ainsi que sa vie de famille qui était très importante pour lui. Le film est illustré par d'intéressantes séquences documentaires sur les insectes étudiés par Fabre : la mante religieuse, les papillons, les fourmis ... Fabre est très connu pour la qualité des textes qu'il a rédigé sur la vie des insectes et notamment pour ses souvenirs d'entomologie paru chez Delagrave un éditeur qui l'a soutenu dans ses travaux. Le film fait de nombreuses références à ces textes. L'un des principaux attraits du film est de montrer Fabre au travail, dans son laboratoire et sur le terrain. Certaines parties de sa vie sont passées sous silence ou juste effleurées. Le scénario n'est pas réellement captivant mais il ne peut que passionner tous les amateurs d'entomologie. La mise en scène est quelconque sauf les scènes concernant directement les insectes, rarement filmés au cinéma.(https://www.senscritique.com/film/Monsieur_Fabre/critique/35675710)